La France fête les 75 ans de « son » débarquement, avec l’Afrique en première ligne

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Photo d'illustration: goumiers marocains

Le 15 août 1944, dix semaines après le débarquement allié du 6 juin en Normandie (nord-ouest), une deuxième offensive est lancée sur la côte méditerranéenne de la France, cette fois avec des troupes majoritairement françaises.

Parmi elles, l’importante « Armée d’Afrique »: tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, pieds-noirs… joueront un rôle crucial dans la victoire.

« Nancy a le torticolis »: c’est par ce message, radiodiffusé depuis Londres, que les résistants sont prévenus du second « Jour J » en France, après le « D Day » normand du 6 juin.

Après avoir trompé l’ennemi en mettant le cap sur Gênes, en Italie, plus de 2.000 navires et 450.000 hommes se lancent à l’assaut des défenses ennemies établies en Provence, sur les côtes sud de la France. Alors que très peu de Français avaient participé au débarquement normand, ils sont cette fois-ci 250.000, venus majoritairement de l’armée d’Afrique.

 

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Les choses vont très vite: dès le 17 août, Hitler ordonne le retrait des troupes allemandes du midi de la France, sauf à Toulon et Marseille, mais, dès les 27 et 28 août, ces ports stratégiques sont libérés. Et les soldats débarqués en Provence feront, dès le 12 septembre, la jonction avec les forces venues des côtes de Normandie.

« En moins de 15 jours, la Provence est entièrement libérée », souligne Florimond Calendini, directeur du Mémorial du débarquement et de la libération de Provence à Toulon.

Ironie du sort: c’est peut-être ce succès qui a fait qu’aujourd’hui, le débarquement de Provence est le grand oublié de l’Histoire. « Beaucoup de Français ne le connaissent pas. La publicité donnée au débarquement de Normandie est énorme car il y a tout le soft-power américain derrière, avec des films qui ont fait le tour du monde. Le débarquement de Provence s’est aussi peut-être trop bien passé. Il était très bien préparé et l’armée allemande a offert une moindre résistance », souligne Calendini.

Pourtant, le jour J provençal a été « primordial », selon l’expert: « Notamment pour de Gaulle: il peut affirmer que ce sont les troupes françaises qui ont libéré la France. Après l’humiliante défaite de 1940, voir une armée française libérer le territoire national prouve au monde entier que la France est en capacité de se battre ».

55.000 tués 

Dans cette victoire, l’Afrique a joué un rôle majeur. C’est en effet sur ce continent que l’armée française, éclatée après la débâcle de 1940, se reconstitue.

Dans les mois qui suivent le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942, les résistants des Forces françaises libres (FFL), qui comptent dans leur rang un fort pourcentage de coloniaux, fusionnent avec l’Armée d’Afrique (en Algérie, en Tunisie et au Maroc) restée jusque-là fidèle au régime collaborationniste de Vichy. S’y ajoutent des évadés de France.

Baptisée « l’armée B » (avant de devenir la 1ère armée), elle compte près de 600.000 hommes fin 1944. Les deux tiers viennent d’Afrique du Nord, parmi lesquels 176.000 « Européens » et 233.000 « musulmans », selon la dénomination de l’époque.

 

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L’armée B joue un rôle essentiel en Provence: ce sont des bataillons d’Afrique qui sont les premiers, le 15 août, à escalader la falaise du cap Nègre, sur la côte méditerranéenne. Le lendemain, c’est l’armée B qui débarque à Cavalaire et c’est elle qui libère Toulon et Marseille, avec plusieurs jours d’avance. La majorité d’entre eux foulent la terre de la métropole pour la première fois.

« Sans son empire, la France ne serait qu’un pays libéré. Grâce à son empire, la France est un pays vainqueur », lance le député de Guyane Gaston Monnerville au lendemain de la victoire contre l’Allemagne.

Et le tribut est lourd: de 1940 à 1945, 55.000 soldats africains sont tués.

Pourtant, ces soldats « indigènes » sont moins bien traités que leurs frères d’armes. En 1959, au moment de la décolonisation, un décret gèle le montant des pensions des ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l’armée française.

En 2002, le gouvernement français débloque partiellement la revalorisation de la pension mais celle-ci reste inférieure à celle des combattants français. Il faudra encore huit ans pour que soient alignées les pensions.

C’est pour rendre hommage à ces « Africains » que les présidents ivoirien Alassane Ouattara et guinéen Alpha Condé seront invités aux célébrations du 75e anniversaire, jeudi sous l’égide du président Emmanuel Macron, qui se tiendront à la nécropole nationale de Boulouris, sur le littoral méditerranéen, où reposent 464 combattants de la 1ère armée.