En Italie du nord, l’autre référendum

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Dimanche, la Vénétie et la Lombardie sont appelées à voter par leurs présidents, membre de la Ligue du Nord. Une consultation bien différente du référendum d’autodétermination organisé le 1er octobre en Catalogne.

Trois semaines après le référendum catalan, c’est au tour des Vénitiens et des Lombards d’être appelés aux urnes ce dimanche de 7 heures à 23 heures, pour s’exprimer sur l’autonomie de leurs régions, qui comptent parmi les plus riches de la péninsule italienne et représentent à elles deux environ 30% du PIB et 15 millions d’habitants.

La proximité temporelle avec la consultation catalane ne doit toutefois pas conduire à confondre les deux scrutins, très différents. «La principale différence, c’est que le référendum en Vénétie et en Lombardie est légal, mais totalement consultatif. La question posée est en somme: «Voulez-vous plus d’autonomie pour votre région?» Il a été mis en place parce que les majorités de centre droit et de droite en place dans ces régions veulent renforcer leurs prérogatives par rapport à Rome et légitimer l’idée qu’elles devraient avoir plus de prérogatives», décrypte Christophe Bouillaud, professeur de science politique à Sciences Po Grenoble et spécialiste de la politique italienne.

Un processus très différent du vote catalan

Contrairement au cas catalan, il ne s’agit pas d’un référendum d’autodétermination, mais d’une consultation prévue par l’article 116 de la Constitution italienne, qui évoque la possibilité pour le Parlement d’attribuer des formes d’autonomie à des régions qui en font la demande. Cinq d’entre elles bénéficient déjà d’une autonomie élargie et de statuts spécifiques: la Vallée d’Aoste, la Sardaigne, la Sicile, le Frioul-Vénétie julienne et le Trentin-Haut-Adige.

Les deux artisans du référendum sont les présidents de deux régions, celui de la Lombardie, Roberto Maroni, et celui de la Vénétie, Luca Zaia. Ces deux membres du parti populiste et régionaliste Ligue du Nord espèrent que ce vote constituera les prémisses de négociations avec Rome pour obtenir des transferts de compétences, notamment dans les infrastructures, en matière de santé, d’éducation, mais aussi de fiscalité. L’un de leurs objectifs est notamment de récupérer environ la moitié du solde fiscal (différence entre ce que les contribuables versent comme taxes et impôts et reçoivent comme dépenses publiques) évalué à 15,5 milliards pour la Vénétie et à 54 pour la Lombardie (contre 8 pour la Catalogne).

Malgré les différences entre les deux référendums, la fièvre catalane est surveillée de près et semble plus suivie médiatiquement que la consultation annoncée au nord de la péninsule. «La Catalogne est un exemple pour certains Vénitiens», explique Fabrizio Marrella, professeur de droit international à l’université Ca’Foscari de Venise. Et il faut reconnaître qu’il y a des aspects similaires: on retrouve une capitale centralisatrice, une façon parfois aveugle et bureaucratique de gérer l’argent public et le sentiment que l’on n’accepte plus de punir les gens qui réussissent le mieux. La crise de 2008 a eu beaucoup d’effets à cet égard. Quand l’économie va mal et qu’on demande de faire des sacrifices, cela finit par éclater.»

L’enjeu de la participation

La grande inconnue de ce référendum inédit ne sera pas tant le résultat – le oui devrait largement l’emporter – que la participation, de nombreux opposants au vote ne prévoyant pas de se déplacer pour voter à ce scrutin parfois jugé populiste et inutilement coûteux. En Vénétie, contrairement à la Lombardie qui n’a pas de quorum, la participation doit atteindre les 50% pour que le scrutin soit valide, mais le leader de la Ligue du Nord Matteo Salvini a d’ores été déjà annoncé que 35% seraient un succès.

S’il est peu probable que le président du Conseil (démocrate) Paolo Gentiloni réagisse à ce référendum, quel que soit son résultat avant les élections générales du printemps, ce vote fait figure d’étape et de test électoral pour les léguistes. «Deux courants s’affrontent actuellement dans le parti entre le courant historique, régionaliste, hérité d’Umberto Bossi et dont Maroni et Zaia sont les héritiers, et le courant national défendu par Matteo Salvini qui veut transformer le parti en Front national à l’italienne, et se rêve à la tête du futur gouvernement. Pour cela, il ne peut pas se contenter de rester au Nord», explique Christophe Bouillaud.

Jeudi soir, à Trévise, quelque 800 partisans de la Lega réunis pour leur «Festa» l’entendaient déjà ainsi et agitaient mécaniquement des pancartes «Salvini Premier». Quant au discours de Matteo Salvini, il portait davantage sur les élections générales et sur son programme électoral que sur le référendum de dimanche. «Je sais que je dois devenir premier ministre, je m’en occuperai en temps voulu. La Ligue doit arriver au gouvernement et changer ce pays.»