En Italie, des élections dans un brouillard d'incertitudes

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Les Italiens renouvellent leur Parlement dimanche en craignant une période d’instabilité politique.

L’Italie vote dimanche à l’issue d’une campagne médiocre pour renouveler son Parlement. Elle le fera au milieu de sérieuses inquiétudes pour l’avenir du pays. Jamais l’issue d’élections n’aura été aussi incertaine. La loi électorale impose d’obtenir une majorité absolue de 315 sièges de députés (40 % des suffrages) pour être en mesure de former un gouvernement. À deux jours du scrutin, seule la coalition de centre droit dirigée par Silvio Berlusconi paraissait en mesure d’y arriver. En l’absence de sondages interdits dans la dernière phase de la campagne, il fallait s’en tenir aux indiscrétions provenant des partis.
Silvio Berlusconi affirme que sa coalition obtiendra la majorité absolue et qu’au sein de cette coalition Forza Italia, sa formation affiliée au Parti populaire européen (PPE), aurait une voix prépondérante. Seulement si ces deux conditions étaient remplies, il pourrait désigner celui qui serait appelé à devenir le futur président du Conseil. Il a déjà indiqué son choix: Antonio Tajani. Catholique modéré aux lettres de créance européennes impeccables, le président du Parlement européen (65 ans) a confirmé jeudi qu’il était prêt à quitter son fauteuil à Strasbourg.

Poussée populiste

Tous ne sont pas convaincus d’une victoire aussi limpide de la coalition de centre droit. En fait, il semble qu’elle dépende encore des résultats d’une trentaine de circonscriptions où la compétition est particulièrement tendue, dans les grandes villes et dans le Sud. Si la coalition de centre droit sortait victorieuse mais que Forza Italia ne l’emportait pas, Matteo Salvini se proposerait pour aller au Palais Chigi. Un duel féroce l’oppose à Silvio Berlusconi, dont il est l’allié et néanmoins le rival. Son parti, la Ligue (ex-Ligue du Nord), est une formation nationaliste, eurosceptique et alliée à Marine Le Pen. Orateur rugueux de 45 ans, Salvini a abusé dans cette campagne des thèmes sécuritaires et racistes pour racoler un auditoire frileux et craintif qui compte encore un grand nombre d’indécis à la veille du scrutin.
Les autres formations sont au coude à coude. À commencer par le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème). Crédité de 28 % à 29 % des suffrages, il deviendra sans doute la première force politique du pays. Son leader, le jeune Luigi Di Maio (31 ans),est convaincu de pouvoir briguer la présidence du Conseil. Le M5S devra toutefois compenser son isolement sur la scène politique – il a refusé toute alliance électorale – en proposant à d’autres formations de voter son programme. Ce qui paraît assez aléatoire. Pour le moment, il a désigné jeudi dix-sept ministres d’un hypothétique «cabinet fantôme», comportant une majorité de professeurs d’université inconnus du grand public. Une procédure pour le moins inhabituelle qui lui vaut bien des sarcasmes.

Risque de retour au passé

Quant au Parti démocrate, auquel ont appartenu les trois présidents du Conseil (Enrico Letta, Matteo Renzi et Paolo Gentiloni) de l’actuelle législature, il se trouve sur la défensive. Il veut espérer un sursaut lui permettant de former le premier groupe au Parlement. Son secrétaire, Matteo Renzi, dramatise les enjeux. Vendredi encore, il déclarait «craindre un pacte entre la Ligue et le M5S», une sorte de sainte alliance contre-nature, populiste et extrémiste, dont «l’Italie a tout à redouter».
En cas d’impasse politique lundi matin, le président du Conseil, Paolo Gentiloni, qui gouverne depuis décembre 2016, ferait figure de recours. Démocrate très apprécié par ses pairs et fort de l’appui des grands leaders européens (Angela Merkel, Emmanuel Macron), il a l’étoffe pour continuer à piloter l’Italie dans une phase incertaine. Lui aussi se déclare «très inquiet» de l’affirmation des populistes, aussi bien dans la coalition de Silvio Berlusconi qu’au sein du Mouvement 5 étoiles. «Ils risquent de remettre en cause les fondements européens érigés en soixante ans d’histoire», affirme-t-il en appelant à «un vote utile contre le populisme sous peine de retourner au passé».