Israël: Netanyahu pris dans une tourmente autour du Mur des Lamentations

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Le Mur des Lamentations à Jérusalem est devenu lundi l’épicentre d’une polémique politico-religieuse après l’abandon par le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’un accord prévoyant des prières mixtes d’hommes et de femmes sur le site le plus sacré du judaïsme.

Le cabinet de M. Netanyahu a décidé lors d’un vote dimanche d’annuler cet accord conclu en janvier 2016 sous la pression des partis ultra-orthodoxes religieux, dont l’appui est indispensable pour assurer sa majorité.

Cette remise en cause a suscité une pluie de critiques à propos du danger qu’une telle décision pourrait avoir pour les relations entre Israël et les juifs américains, la plus importante communauté de la diaspora.

Les ultra-orthodoxes, qui ont une interprétation rigoureuse des lois religieuses, sont minoritaires au sein de la communauté américaine face aux courants libéraux et réformés qui ont une vision moins stricte notamment sur le rôle des femmes.

Actuellement, les hommes et les femmes prient séparément au Mur des Lamentation, qui est sous le contrôle exclusif des ultra-orthodoxes. Aux termes du compromis de l’an dernier, un secteur du Mur devait être créé pour des prières mixtes. Mais le gouvernement l’a finalement annulé.

Cette décision a provoqué de vives tensions. L’Agence juive, un organisme para-officiel responsable de l’immigration juive qui avait contribué au compromis a annulé un dîner avec le Premier ministre qui était prévu lundi soir.

Yaïd Lapid, une des figure de l’opposition centriste a affirmé que la volte-face du gouvernement faisait d’Israël « la seule démocratie au monde sans égalité pour les juifs » tout en l’accusant d’avoir cédé aux « pressions politiques » des partis ultra-orthodoxes, qui représentent environ 10% de la population. Ces formations membres de la coalition au pouvoir comptent 13 députés sur 120 alors que a majorité actuelle compte 66 députés.

Benjamin Netanyahu est dans un premier temps resté muet.

Le Mur des Lamentations est un mur de soutènement vestige du second Temple juif détruit par les Romains en l’an 70.

Le compromis de 2016 approuvé par le cabinet n’a en fait pas été appliqué sous l’influence des ultra-orthodoxes qui ne voulaient pas en entendre parler. La Cour suprême s’est elle aussi retrouvée impliquée dans la polémique. Elle doit statuer bientôt sur un recours présenté par des mouvements juifs libéraux visant à appliquer le compromis en créant un espace mixte.

A l’étranger, les mouvements religieux non-orthodoxes américains sont montés au créneau. « La décision du Premier ministre constitue une insulte inconcevable à la plus grande partie du judaïsme mondial », a affirmé le rabbin Rick Jacobs, dirigeant de l’Union pour le Judaïsme Réformé dans un communiqué. Il a annoncé en signe de protestation qu’il avait annulé une rencontre prévue jeudi avec Benjamin Netanyahu.

 – Affaire sensible –

L’affaire est d’autant plus sensible que le soutien des juifs américains et des Etats-Unis, l’allié le plus solide d’Israël est jugé vital tant pour son soutien diplomatique que pour son aide militaire annuelle qui s’est élevée à 3 milliards de dollars (2,7 milliards d’Euros) ces dernières années.

« On ne peut pas laisser des considérations bassement politiques menacer l’unité du peuple juif », estime Yohanan Plesner, président de l’Institut pour la démocratie israélienne, un groupe de réflexion influent.

« Si nous comptons sur le soutien des juifs à l’étranger, nous devons nous assurer que l’égalité religieuse soit assurée, car la sécurité d’Israël est en jeu », ajoute-t-il.

A ces arguments, les ultra-orthodoxes répliquent que des prières mixtes constitueraient une violation de la tradition juive. Hommes et femmes prient séparément dans les synagogue.

« Il n’a qu’un seul Mur des Lamentations pour un seul peuple. Je n’accepterai aucune tentative d’imposer une loi juive ou une Thora différente », a proclamé le ministre des Affaires religieuses David Azoulay, du parti ultra-orthodoxe Shass à la radio de l’armée.

Avec AFP