Irak: la révolte prend de la vigueur avant une nouvelle séance parlementaire

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Des milliers de manifestants bloquent de nouveau lundi routes et ponts du sud de l’Irak, conspuant leurs dirigeants sous pression du parrain iranien et incapables de s’accorder sur le nom du futur Premier ministre, selon des correspondants de l’AFP.

La désobéissance civile a été décrétée à Diwaniya, Nassiriya, al-Hilla, Kout et Amara, toutes des villes du sud du pays, où les  écoles et les administrations sont restées fermées lundi.

« On durcit la mobilisation parce qu’on refuse le candidat de la classe politique qui nous vole depuis 2003 », lance à l’AFP Ali al-Diwani, un jeune manifestant à Diwaniya.

Pour les Irakiens, dans la rue depuis le 1er octobre, le système politique instauré par les Américains à la chute de Saddam Hussein en 2003 et désormais noyauté par les Iraniens est à bout de souffle.

En 16 ans, disent-ils, la renaissance économique promise ne s’est jamais réalisée alors que plus de la moitié des juteux revenus du pétrole se perdent dans les poches de politiciens et d’entrepreneurs véreux.

Alors que les partis pro-Iran et leurs alliés poussent pour nommer le ministre démissionnaire de l’Enseignement supérieur, Qoussaï al-Souheil, à la tête du futur gouvernement, la rue refuse par principe: quiconque a été en poste depuis 2003 ne peut revenir, disent les manifestants.

« On veut une chose très simple: un Premier ministre compétent et indépendant, qui n’a jamais été mêlé aux partis au pouvoir depuis 2003 », explique à l’AFP Mohammed Rahmane, un ingénieur qui défile à Diwaniya.

 

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Pour obtenir le renouvellement de la classe politique qu’ils réclament, les manifestants exigent une refonte de la loi électorale.

Le gouvernement et le Parlement ont déjà entamé la réforme du système alambiqué qui mêle proportionnelle et scrutin de listes, favorisant les grands partis et leurs têtes de liste, inchangé depuis 16 ans.

Les manifestants, eux, veulent un scrutin uninominal « pour garantir l’entrée en politique d’une nouvelle génération qui pourra assainir tout ce que les partis au pouvoir ont corrompu », poursuit Mohammed Rahmane.

Le Parlement doit se réunir en fin d’après-midi pour discuter la loi électorale et peut-être évoquer le poste de Premier ministre, qui devait être désigné depuis près d’une semaine mais dont la nomination n’a cessé d’être repoussée.

Alors que la rue menace de replonger dans la violence qui a déjà fait près de 460 morts et 25.000 blessés depuis le 1er octobre, le pouvoir reste paralysé.

D’un côté, les pro-Iran alliés au chef du Parlement Mohammed al-Halboussi font pression pour faire accepter leur candidat; de l’autre, selon une source à la présidence, le président de la République Barham Saleh oppose un veto catégorique à la désignation de M. Souheil, un ancien cadre du mouvement du leader chiite Moqtada Sadr passé dans le camp de son ennemi juré l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, pro-Iran.