Un rapport secret sur des frasques sexuelles de Donald Trump

Plusieurs sites dont BuzzFeed ont publié les détails d'un rapport non vérifié sur les frasques sexuelles du futur président américain lors de récents voyages en Russie. La polémique enfle sur l'éthique et la responsabilité des journalistes.

Tous se justifient. Après que la chaîne CNN a évoqué mardi un mémo explosif sur Donald Trump sans en livrer les détails, BuzzFeed et d'autres médias américains ont mis en ligne dans la soirée des copies du texte qui circulait depuis un moment au sein des rédactions. En l'absence de vérification rigoureuse des informations de ce rapport, tous avaient choisi de ne pas le diffuser. Puis BuzzFeed et d'autres ont tiré.
 
Ben Smith, le rédacteur en chef de BuzzFeed, a justifié sa décision dans un e-mail adressé à sa rédaction. S'il admet qu'il y a de «sérieuses raisons de douter» de la véracité du contenu de ce rapport, il explique qu'il était déjà «largement «diffusé parmi l'establishment, le gouvernement et les médias, et qu'il souhaitait faire oeuvre de transparence vis-à-vis de ses lecteurs. Le site met cependant en exergue du papier une forme d'avertissement: «Les allégations ne sont pas vérifiées et le rapport contient des erreurs».
 
Selon CNN, le fameux rapport, qui aurait été établi par un agent britannique, a été remis au futur président américain après son briefing de vendredi dernier sur le rôle de la Russie dans ses tentatives de déstabilisation de l'élection présidentielle. Un document de 35 pages qui regroupe plusieurs rapports réalisés entre le 20 juin et le 20 octobre 2016, et qui font état des communications entre l'équipe de campagne de Trump et Moscou, mais aussi de frasques sexuelles impliquant le président lors de ses séjours en Russie. Les services secrets russes auraient conservé certaines des pièces de leur surveillance au cas où il y aurait besoin de faire pression sur Washington.

Tourmente déontologique
Le choix de BuzzFeed plonge le milieu médiatique américain dans une tourmente déontologique. Après la couverture médiatique de l'élection américaine, qui a pris souvent la forme d'un engagement pro-Clinton, plutôt que celle du journalisme le plus objectif, fallait-il ou non publier un document non-vérifié concernant le futur (et très critiqué) président des Etats-Unis? Le fait que Donald Trump s'expose aussi, notamment sur Twitter, en prenant directement à partie des entreprises (GM, Toyota...) ou des personnalités, ne génère-t-il pas aussi un nouveau type de comportement dans les médias?
 
CNN, qui a seulement évoqué un document de deux pages qui annexe la liste des différents rapports du dossier, souligne de son côté qu'il n'a pas publié de «détails spécifiques» contenus dans les rapports car «ils ne pouvaient être vérifiés», alors que «BuzzFeed les a publié en totalité». Un autre grand média, le très sérieux New York Times a lui-même ajouté certaines des allégations du rapport secret à l'article que le journal avait initialement publié après la publication de BuzzFeed.