Piratage russe: le Kremlin dénonce des accusations «d'amateur»

Moscou s'est dit «fatigué» par les accusations de piratage lancées par les États-Unis, trois jours après la publication d'un rapport des services de renseignement américain sur le cyber-espionnage russe.

Le Kremlin a attendu trois jours pour réagir officiellement à la publication du rapport des services de renseignement américain sur le cyber-espionnage russe pour se dire, lundi, «fatigué» de «l'amateurisme» des accusations, notamment formulées par la CIA et le FBI. Celles-ci «ressemblent à vrai dire à une chasse aux sorcières poussée à l'extrême», a regretté le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, reprenant les mêmes termes utilisés par Donald Trump. «Cette publication n'ajoute aucune matière supplémentaire à commentaire», a ajouté ce conseiller de Vladimir Poutine, dénonçant «des accusations infondées faites à un niveau amateur et émotionnel, difficilement compatible avec le travail très professionnel et de premier ordre de services sécurité». Le président russe est accusé d'avoir ordonné des opérations visant à favoriser l'élection du milliardaire américain et à discréditer sa rivale démocrate, Hillary Clinton.
 
Déjà ce week-end, plusieurs personnalités russes, dont la rédactrice en chef de la chaîne de télévision publique, Russia Today, Margarita Simonyan, avait ironisé sur le contenu de ce document qui n'apporte de fait aucun élément nouveau, si ce n'est la reconnaissance officielle par les agents américains, des liens entre les pirates et les services du renseignement militaire russe. Le rapport consacre plusieurs pages à cette chaîne de télévision accusée d'être au service de la propagande russe et de répandre des «fausses informations». «Chère CIA, rien de ce que vous avez écrit ne tient la route», a tweeté la responsable de RT.

Le Kremlin circonspect sur une rencontre Poutine/Trump
 
Pour sa part, la réaction du Kremlin est comparable, dans la forme, à la décision prise par Vladimir Poutine, fin décembre, de ne pas répliquer aux sanctions prises par l'administration Obama qui avaient conduit à l'expulsion de 35 diplomates russes. À l'époque, Moscou expliquait préférer attendre l'arrivée au pouvoir de Donald Trump pour tenter de renouer les liens entre les deux anciens ennemis de la guerre froide. Mais aussi distante soit-elle, l'évaluation faite par le futur président du rapport de ses services de renseignement est, à l'inverse, jugée conciliante à Moscou.
Parmi les commentaires de Donald Trump, les médias russes relevaient, lundi, la reconnaissance par le futur chef de la Maison-Blanche, de l'existence de cyberattaques russes dirigées en particulier contre le parti démocrate. En gage de concession donné à une large fraction de sa majorité républicaine, hostile au Kremlin, Donald Trump pourrait être amené «à tout le moins, à corriger sa promesse de normaliser les liens avec la Russie», écrit notamment le quotidien Kommersant. Le président élu a aussi fait part de son respect à l'égard du travail de ses services, dont la qualité est en revanche dénoncée par Moscou.
Démentant tout contact avec l'équipe de Trump depuis le début de l'année, le Kremlin s'est montré très circonspect à l'égard d'une future rencontre entre les présidents russe et américain. «Si des contacts doivent être programmés, ils le seront d'une manière très prudente et minutieuse étant donné qu'ils succéderont à une phase d'évolution, ou plutôt de dégradation, de nos relations», a mis en garde Dmitri Peskov.