«Impeachment»: la pression monte sur Donald Trump

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L’avocat personnel du président américain, Rudy Giuliani, a été sommé lundi de livrer au Congrès les documents relatifs à l’affaire ukrainienne. Plusieurs médias révèlent également de nouveaux éléments compromettants pour le chef de l’État, qui aurait demandé au premier ministre australien de l’aider à enquêter sur le procureur Mueller.

Sous la menace d’une procédure de destitution menée au pas de charge par ses opposants, Donald Trump a encore fait monter d’un cran la surenchère verbale lundi en suggérant de faire arrêter un élu démocrate du Congrès pour «trahison». Au milieu d’une rafale de tweets à la tonalité particulièrement agressive, le 45e président des États-Unis s’en est pris avec virulence à l’élu qui supervise cette enquête, Adam Schiff. «Adam Schiff a fait, illégalement, une déclaration FAUSSE et terrible, sur mon échange avec le président ukrainien (…) Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai dit. Doit-il être arrêté pour trahison?», a lancé le locataire de la Maison Blanche, donnant l’image d’un président aux abois.

Peu avant, il avait déclaré que la Maison-Blanche cherchait toujours à débusquer l’identité du lanceur d’alerte qui lui cause tant de tort, alors que plusieurs médias américains ont avancé que ce dernier bénéficiait de mesures de protections spéciales visant à garantir son anonymat. La semaine passée déjà, Trump avait dit regretter ce temps «où l’on s’y prenait autrement avec les traîtres et les espions».

 

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Piqué au vif, conscient que ces développements pourraient avoir un impact sur la présidentielle de novembre 2020 où il entend briguer un second mandat, le milliardaire multiplie les attaques, tous azimuts. Ce week-end, il a retweeté les propos sur Fox News d’un prédicateur baptiste du Texas, Robert Jeffress, qui est depuis 2016 l’un de ses plus fervents partisans. «Si les démocrates réussissent à contraindre le président à quitter son poste, cela entraînera une fracture digne de la guerre civile dont notre pays ne guérira jamais», affirmait ce dernier. Si, dans l’ensemble, les élus républicains font pour l’heure bloc derrière lui, l’un d’eux, Adam Kinzinger, représentant de l’Illinois à la Chambre des représentants, a fait part de son indignation. «J’ai visité des pays ravagés par la guerre civile, Donald Trump. Je n’aurais imaginé qu’une telle phrase puisse être répétée par un président», a-t-il tweeté. «C’est au-delà du répugnant».

Un nouveau sondage de l’université Quinnipiac devrait contribuer à renforcer le courroux présidentiel. Il montre un retournement de l’opinion publique en faveur d’une procédure d’«impeachment»: ils étaient 37% il y a une semaine à la soutenir, contre 47% aujourd’hui, à égalité parfaite avec ceux qui estiment qu’il ne devrait pas l’être. Les démocrates ont ouvert il y a six jours une enquête contre le milliardaire républicain en vue d’une destitution. Si la Chambre, aux mains de l’opposition, vote la mise en accusation du milliardaire, il reviendra ensuite au Sénat, à majorité républicaine, de le juger.

Les élus démocrates du Congrès ont exigé lundi de l’avocat personnel du président, Rudy Giuliani, qu’il livre des documents liés à l’enquête sur les pressions exercées par Donad Trump sur son homologue ukrainien, afin qu’il diligente une enquête sur Joe Biden, son possible adversaire pour la présidentielle de 2020. Dès vendredi, trois commissions de la Chambre des représentants avaient délivré leurs premières assignations à comparaître, dont l’une visait le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, afin qu’il leur remette les documents nécessaires à leur enquête. Le secrétaire d’Etat faisait partie des personnes ayant écouté l’appel, a confirmé lundi à l’AFP un responsable de son ministère.

Donald Trump assure que son échange téléphonique estival avec Volodymyr Zelensky n’avait rien de répréhensible et dénonce une «chasse aux sorcières», orchestrée selon lui par ceux qui n’ont pas réussi à le battre dans les urnes. «Cet appel était parfait», a-t-il martelé dans le Bureau ovale, accusant une nouvelle fois le lanceur d’alerte à l’origine de cette affaire d’avoir rapporté des éléments inexacts.

Révélations en cascade

Chaque jour qui passe, la presse américaine se fait l’écho de nouvelles révélations encombrantes, renforçant les soupçons d’une utilisation de la puissance de la diplomatie américaine à des fins politiques personnelles. Lundi, le New York Times a ainsi révélé que Donald Trump aurait demandé au premier ministre australien Scott Morrison d’aider son ministre de la Justice à rassembler des informations permettant de discréditer l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une éventuelle ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016. Comme lors de l’échange ukrainien controversé, la Maison-Blanche aurait limité l’accès à la transcription de cet appel. Ce week-end, on apprenait que la Maison-Blanche aurait cherché à classifier des conversations avec des dirigeants russes et saoudiens, afin d’éviter qu’elles soient rendues publiques. Ou encore que Donald Trump auraient déclaré aux Russes en 2017 ne pas être gêné par ces histoire d’ingérence, puisque «les Etats-Unis ont fait pareil dans d’autres pays».

 

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Dans ce contexte de grande tension à Washington, l’ancien sénateur républicain Jeff Flake, farouche détracteur de Donald Trump, a appelé les élus de son parti à, enfin, donner de la voix. «Mes amis républicains, le temps est venu de mettre votre carrière dans la balance au nom de vos principes. Que vous pensiez ou non qu’il mérite d’être destitué, vous savez qu’il ne mérite pas d’être réélu» a-t-il écrit dans une tribune publiée lundi dans le Washington Post. «Notre pays aura d’autres présidents. Mais les principes, eux, ne sont pas interchangeables».

Le chef de file de la majorité républicaine au Sénat américain, Mitch McConnell, a déclaré lundi qu’il n’aurait pas d’autre choix que d’autoriser la tenue d’un procès si la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, venait à voter la mise en accusation du président Donald Trump. Cette déclaration tend à repousser les spéculations selon lesquelles McConnell compterait user de sa position pour faire dérailler la procédure de destitution, en tentant d’empêcher le cas échéant la tenue d’un procès au Sénat. «Nous devrons nous saisir de l’affaire si la Chambre des représentants choisit cette voie (mettre en accusation Donald Trump), les règlements du Sénat sont très clairs», a-t-il dit à la chaîne de télévision CNBC. «Je n’aurai pas d’autre choix».