Hong Kong maintient son projet de loi d’extraditions vers la Chine malgré la manifestation

Le gouvernement pro-Pékin de Hong Kong a refusé lundi d’enterrer un projet de loi controversé qui permettra les extraditions vers la Chine, en dépit d’une manifestation monstre contre ce texte la veille dans l’ex-colonie britannique.

Combattive face aux médias malgré l’énorme mobilisation de dimanche, la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a réaffirmé que le Conseil législatif (LegCo), le « parlement » local, examinerait comme prévu mercredi ce texte de loi.

« C’est une loi très importante qui va permettre de faire triompher la justice et assurera que Hong Kong respecte ses obligations internationales en matière de criminalité transfrontalière et transnationale », a déclaré Mme Lam.

Ce texte très controversé doit permettre les extraditions vers toutes les juridictions avec lesquelles aucun accord bilatéral n’existe, y compris la Chine continentale.

Les autorités hongkongaises affirment que cette loi comblera un vide juridique et fera que la ville ne servira plus de refuge à certains criminels.

Le projet de loi a suscité les critiques de pays occidentaux ainsi qu’une levée de boucliers d’une partie de la société hongkongaise qui dénonce le caractère opaque et politisé de la justice chinoise. Beaucoup redoutent ainsi une utilisation « politique » des extraditions par Pékin.

« Nous avons écouté » 

Dimanche, une impressionnante foule a manifesté dans les rues de l’ex-colonie britannique en dépit de la moiteur subtropicale étouffante.

Les organisateurs ont revendiqué un million de manifestants, la police en a décompté 240.000, ce qui en ferait la deuxième manifestation la plus importante depuis la rétrocession en 1997.

Cette marche a constitué un énorme défi à Mme Lam, qui n’est pas élue mais nommée. Mais la cheffe de l’exécutif a dit ne pas projeter de modifier la substance du texte, et encore moins de le retirer.

« L’examen en seconde lecture du projet de loi reprendra le 12 juin », a-t-elle dit.

Elle a rejeté les affirmations selon lesquelles elle ne tenait pas compte de l’opinion publique, en soulignant que son gouvernement avait déjà fait de nombreuses concessions pour assurer que les libertés uniques de Hong Kong soient protégées et que le texte soit conforme aux exigences internationales en matière de protection des droits de l’Homme.

« Mon équipe et moi n’avons pas ignoré les opinions exprimées au sujet de ce texte de loi très important », a-t-elle dit à la presse. « Nous avons écouté avec beaucoup d’attention. »

« Je n’ai reçu aucune instruction ou mandat de Pékin pour faire cette loi », a-t-elle affirmé.

La manifestation de dimanche s’est globalement déroulée de façon pacifique et dans une ambiance festive. Mais les choses ont dégénéré peu après minuit avec des heurts entre les policiers anti-émeute et de petits groupes d’activistes.

Les « forces étrangères » 

Le chef de la police locale Stephen Lo a attribué ces débordements à des manifestants qui auraient tenté de pénétrer dans le LegCo.

« Il ne s’agit pas là de liberté d’opinion », a-t-il dit aux journalistes lundi après s’être rendu auprès de policiers blessés. « Il ne fait aucun doute que nous identifierons ceux qui ont participé aux manifestations violentes. »

Au terme de l’accord de 1984 entre Londres et Pékin qui a présidé à sa rétrocession en 1997, Hong Kong jouit d’une semi-autonomie et de libertés qui n’existent pas en Chine continentale, et ce en théorie jusque 2047.

L’ex-colonie britannique est cependant depuis une dizaine d’années le théâtre d’une forte agitation politique en raison de l’inquiétude que génère l’ingérence grandissante de Pékin dans ses affaires intérieures et le sentiment que l’accord de rétrocession, et le fameux principe « Un pays, deux systèmes », ne sont plus respectés.

Une frange de la population se méfie de plus en plus des intentions du gouvernement chinois, en particulier sous Xi Jinping, et de l’exécutif hongkongais.

A l’automne 2014, le coeur financier de Hong Kong avait été bloqué pendant plusieurs semaines par le « Mouvement des parapluies », une vaste mobilisation pour demander l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel. Pékin n’avait rien laché.

Depuis, nombre de militants pro-démocratie ont été incarcérés, empêchés de se présenter à des élections ou déchus de leur portefeuille de conseiller au LegCo.

Certains des leaders de la manifestation de dimanche ont indiqué qu’ils répondraient dans la journée à l’intransigeance de Mme Lam. Ils avaient auparavant fait part de leur intention d’intensifier la mobilisation s’ils n’obtenaient pas satisfaction.

Les autorités chinoises n’ont pour l’heure fait aucun commentaire sur la manifestation de dimanche. Dans un éditorial, le quotidien étatique China Daily présente le projet de loi sur l’extradition comme un texte « sensé et légitime » et attribue les manufestations aus « forces étrangères ».

« Malheureusement, certains habitants de Hong Kong ont été trompés par le camp de l’opposition et ses alliés étrangers pour soutenir la campagne contre l’extradition. »