Harcèlement et agressions sexuels dans les bureaux de l'ONU

à 10:33
Réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur Jérusalem, le 18 décembre 2017. Crédit: AFP

Des témoignages d'employés recueillis par le journal britannique The Guardian, publiée ce jeudi soir, pointent une culture du silence et une impunité au sein des Nations unies. Son secrétaire général s'est engagé à prôner une «tolérance zéro».

La vague de révélations qui a suivi l'affaire Wenstein a fait une nouvelle victime de taille. Selon des informations du Guardian diffusées ce jeudi soir, l'ONU a permis la prolifération des actes de harcèlement et d'agression sexuels dans ses bureaux à travers le monde. Les Nations unies auraient ainsi mis en place une politique de prévention pour le moins inefficace qui aurait abouti à une mise à l'écart des accusateurs pendant que les auteurs présumés restaient libres d'agir en toute impunité.

Le quotidien britannique dit avoir interrogé «des dizaines d'employés» - actuels et anciens - de l'ONU originaires de dix pays qui ont décrit «une culture du silence» et «un système de réclamation défectueux qui se retourne contre les victimes». Parmi les personnes interrogées, quinze ont déclaré avoir été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle au cours des cinq dernières années. Selon ces déclarations, les faits allaient du harcèlement verbal au viol.

Parmi ces employés interrogés, sept femmes ont officiellement déclaré ce qu'elles avaient subi. Un faible nombre qui s'expliquerait par la peur qu'ont ces victimes de perdre leur emploi ou par la conviction qu'aucune action ne sera entreprise par les Nations unies. «Si vous le signalez, votre carrière est à peu près terminée, surtout si vous êtes consultante», a déclaré une de ces victimes - qui souhaite garder l'anonymat - au Guardian. Cette dernière a signalé une agression sexuelle de la part de son superviseur alors qu'elle travaillait au Programme alimentaire mondial (PAM).

«Tolérance zéro»

Mis en cause dans cette enquête, l'ONU a rappelé ce jeudi, par la voix de Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général Antonio Guterres, qu'elle maintenait une politique de «tolérance zéro» vis-à-vis du harcèlement sexuel, et a rappelé que la sous-déclaration était un problème. L'Organisation estime, par ailleurs, qu'elle pourrait «malheureusement» être affectée par ce phénomène «comme toute autre entité publique ou privée».

Selon les témoignages recueillis par le Guardian, trois femmes ayant déclaré avoir été victimes de harcèlement ou d'agression sexuel, toutes issues de bureaux différents, ont indiqué qu'elles ont été contraintes de quitter leur emploi ou ont été menacées de résiliation de leur contrat au cours de l'année écoulée après leurs accusations. Les auteurs présumés, eux, n'ont pas eu à changer d'affectation. L'une de ces victimes, qui dit avoir été violée par un haut fonctionnaire de l'ONU plus âgé qu'elle, avait dénoncé cet acte. Une enquête interne avait été ouverte. Mais l'Organisation a jugé les preuves, notamment médicales, insuffisantes. La victime a perdu son travail, ainsi que son visa et a passé plusieurs mois dans un hôpital en raison du stress et des traumatismes. Depuis, cette femme craint d'être persécutée si elle retourne dans son pays d'origine.

Le Guardian dit également avoir consulté des documents internes dans lesquels des femmes expriment leur méfiance vis-à-vis des enquêtes menées par le Bureau des services de contrôle interne. Selon ces témoignages, l'équipe en charge de l'investigation n'a pas interrogé les principaux témoins et les retranscriptions contiennent des erreurs substantielles.

L'ONU veut des garanties

Les Nations unies ont souvent été critiquées pour leur incapacité à enquêter sur les soupçons d'abus sexuels par ses forces de maintien de la paix contre les populations locales, notamment en Haïti et en Centrafrique. Les militants mettent régulièrement en avant une culture du silence et de l'impunité qui règne dans les bureaux de l'ONU. Dans une déclaration, l'Organisation s'est engagée à «renforcer nos capacités à enquêter sur les rapports et à soutenir les victimes». Elle a, par ailleurs, indiqué qu'Antonio Guterres avait nommé un défenseur des droits des victimes et établi un groupe de travail de haut niveau sur le harcèlement sexuel, afin d'examiner les politiques et de renforcer les enquêtes. L'ONU mènera également une enquête pour mesurer l'ampleur du problème et mettra en place une ligne d'assistance pour les personnes en quête de conseils.

L'ONU a précisé qu'il y avait eu quinze signalements au sein de l'ONU en 2016, et vingt cas l'année précédente. Il ne pouvait également pas répondre aux cas révélés par le Guardian en raison du manque de précision concernant les lieux ou agences concernées. «S'il y avait des détails, nous pourrions répondre» sur ces cas spécifiques, a-t-il ajouté, ce jeudi.