Gaza : face aux snipers israéliens, les Palestiniens utilisent des cerfs-volants piégés

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Palestinian protesters fly a kite with a burning rag dangling from its tail to during a protest at the Gaza Strip's border with Israel, Friday, April 20, 2018. Activists use kites with burning rags dangling from their tails to set ablaze drying wheat fields on the Israeli side. (AP Photo/ Khalil Hamra)

En ce quatrième «vendredi de la marche du retour», au moins deux Palestiniens ont été tués à la frontière entre Israël et la bande de Gaza.

Dans la bande de Gaza, le quatrième vendredi consécutif de mobilisation massive est à nouveau meurtrier. Deux Palestiniens de 24 et 25 ans ont été tués ce jour par des tirs israéliens alors que des milliers de personnes manifestaient. Trente-six Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis le début, le 30 mars, du mouvement appelé «marche du retour». Des centaines ont été blessés, dont encore plus de 120 vendredi.
Alors que la plupart des manifestants sont pacifiques, même si des lanceurs de pierres sont aperçus ici ou là, des jeunes ont trouvé avec des cerfs-volants trafiqués un nouveau moyen pour tenter d’atteindre les soldats israéliens de l’autre côté de la frontière. «Nous voulons faire en sorte que l’ennemi se sente en permanence en état d’urgence», expliquait jeudi soir à l’AFP Morad, qui participait avec d’autres adolescents à leur confection.

Après les pierres, le cerf-volant comme arme de la contestation palestinienne
 Vendredi, à quelques centaines de mètres de la barrière de sécurité gardée par les soldats israéliens, des adolescents gazaouis s’affairaient autour de papiers de couleur et de bouteilles en plastique vides. De leurs mains est né un cerf-volant aux couleurs noire, blanche, verte et rouge du drapeau palestinien. Les jeunes remplissaient une bouteille de combustible, l’attachaient au cerf-volant et marchaient vers la frontière. Là, à distance assez sûre pour ne pas se faire tirer dessus, ils enflammaient la bouteille et lâchaient le cerf-volant. Une fois qu’il était dans les airs, ils le libéraient du fil qui le retenait et le suivaient du regard passer au-dessus de la frontière et retomber dans un jaillissement de flammes.
Les cerfs-volants sont en passe de devenir l’un des emblèmes de ce mouvement qui revendique le droit des Palestiniens à retourner sur les terres dont ils ont été chassés ou qu’ils ont fuies à la création d’Israël en 1948. Il s’agit aussi de secouer le blocus qu’Israël impose depuis plus de dix ans pour contenir le mouvement islamiste Hamas qui dirige le territoire.
 Depuis le 30 mars, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont massés à quelques centaines de mètres de la frontière israélienne. Certains se détachent pour aller lancer des cailloux et des engins incendiaires ou faire rouler des pneus enflammés en direction des soldats. Ceux qui s’approchent trop près risquent leur vie sous le feu des tireurs israéliens. Israël assure que ses forces ne tirent que lorsque c’est nécessaire, mais a prévenu qu’il ne laisserait personne forcer la barrière ou menacer ses soldats. Les cerfs-volants permettent d’atteindre Israël sans s’exposer, explique Morad.

Le «vendredi des cerfs-volants»
L’armée israélienne a dispersé ce vendredi matin par les airs des tracts appelant les Gazaouis à ne pas s’approcher de la frontière et à ne pas se laisser manipuler par le Hamas. Elle les prévient qu’elle est «prête à toutes les éventualités». Dans l’enclave même, les Gazaouis ont préparé en retour des cerfs-volants auxquels ils ont accroché un message à l’attention des Israéliens: «Vous n’avez rien à faire en Palestine. Retournez d’où vous venez».
Les réseaux sociaux commencent à faire référence au «vendredi des cerfs-volants». Un dessin humoristique circule montrant un cerf-volant lançant des flammes vers un soldat israélien. Son titre: «le F-16 palestinien», en référence à l’avion de guerre.
Au début de la protestation, quelques cerfs-volants seulement cherchaient à porter haut les couleurs palestiniennes. Progressivement, ils se font plus nombreux et un certain nombre ont été équipés de substances incendiaires. Les cerfs-volants qui ont atteint Israël n’ont guère causé de dommage, en dehors de quelques cultures calcinées. «Nous avons eu quelques incidents du genre. Nous intervenons comme sur n’importe quel incendie», dit le porte-parole des pompiers israéliens. Étant donné l’asymétrie des moyens dans cette confrontation, c’est déjà un début jugent les jeunes Palestiniens. «Des récoltes incendiées, cela peut représenter des millions de shekels perdus par l’ennemi», dit Morad.
 

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