France: un haut cadre de Daech et sa famille devant la justice

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Lotfi Souli et ses fils ont été interpellés en 2015 à la frontière syrienne, après avoir passé un an et demi en Syrie et alors qu’ils s’apprêtaient, d’après la justice, à passer à l’acte. Dans leurs affaires se trouvaient des manuels de pilotage de Boeing, des guides pour fabriquer des explosifs et les données de localisation de la tour Eiffel.

C’est une affaire de djihad en famille qui est jugée à partir de jeudi au tribunal correctionnel de Paris.Lotfi Souli, âgé de 50 ans et son fils Karim, 23 ans, comparaissent pour association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste. Lors de leur retour de Syrie en mai 2015, ils sont soupçonnés d’avoir, avec le second fils cadet, projeté un attentat contre la tour Eiffel. Le père pourrait être l’un des cadres de Daech de l’époque, en charge des télécommunications.
En mai 2015,Lotfi Souli, Karim et son petit frère sont interpellés alors qu’ils tentent de quitter la Syrie pour passer en Turquie. La famille française est immédiatement expulsée vers Paris. En plus des 8300 euros et 3700 dollars en poche, les trois «revenants» ont tout l’attirail de djihadistes prêts à passer à l’action: des dizaines de photos de cartes d’aviation, des procédures d’atterrissage, des photos des pièces d’identité de deux auteurs des attentats du World Trade Center, des indications sur le pilotage d’un Boeing et des manuels de confection d’explosifs. Lorsque les enquêteurs analysent les ordinateurs des suspects, de nouveaux éléments troublants sont retrouvés, d’après l’AFP: les recherches Google Maps de la tour Eiffel et du pont Iéna, deux monuments emblématiques de Paris.
Des précurseurs du djihad français?
Les enquêteurs découvrent rapidement que la famille n’a pas le parcours classique des soldats de Daech – si tant est qu’il y en ait un. Le père, Franco-Tunisien résidant dans le Val-d’Oise, s’est radicalisé au début des années 2000, selon L’Obs . Avec ses deux fils, dont l’un est mineur, il rejoint la Syrie dès octobre 2013, où se trouve aussi le meilleur ami du fils aîné, Anass. L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’est pas encore proclamé, la France n’a pas encore été touchée par une vague d’attentats meurtriers.
Lors des interrogatoires, père et fils s’en tiennent longtemps à la même version: ils sont partis seulement quelques jours afin de récupérer Anass. Ils assurent n’avoir jamais combattu, prétendent ne pouvoir citer aucun djihadiste français malgré leur long séjour en zone irako-syrienne. Ils justifient une grande partie des documents retrouvés par la nécessité de «jouer le jeu» du djihadiste pour se fondre dans la masse.
Un départ sans retour
Mais pour le juge d’instruction, leur version ne tient pas. D’abord, les deux fils ont reconnu à leur mère, divorcée, que le djihad était une «obligation». Les enquêteurs ont rapidement conclu que leur départ se voulait sans retour: l’appartement du père avait été vidé, comme les comptes bancaires de la famille. Surtout, le rôle deLotfi Souli au sein même de Daech interroge. Il semble avoir mis sa formation d’ingénieur télécoms au service de l’organisation au point d’en devenir un haut responsable des télécommunications.

Tout «laisse prospérer de vives inquiétudes sur les réelles intentions» de la famille et sur «leurs motivations quant à leur retour sur le sol national», assure le juge dans le dossier d’instruction que l’AFP a pu consulter. Lofti et son fils Karim encourent dix ans d’emprisonnement. Ils seront représentés par l’avocat de Jawad Bendaoud, Xavier Nogueras, ainsi que Martin Pradel et Karim Morand-Lahouazi. Le cadet, âgé aujourd’hui de 20 ans, comparaîtra en octobre devant le tribunal pour enfants. Présumé mort en Syrie, Anass sera, quant à lui, jugé par défaut, procédure habituelle quand manque une preuve irréfutable du décès.