France/professeur décapité: ce que l’on sait de l’enquête

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Crédit:AFP.

Sept personnes, dont deux mineurs, sont présentées mercredi à un juge antiterroriste français en vue d’éventuelles mises en examen après l’assassinat de Samuel Paty. Voici ce que l’on sait de l’enquête avant une conférence de presse du parquet national antiterroriste à 15H (13H00 GMT).

– Les faits

Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie de 47 ans, a été décapité vendredi après-midi, près de son collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, après avoir montré à ses élèves de 4e (âgés de 13 ans) des caricatures du prophète Mahomet lors de cours sur la liberté d’expression dispensés les 5 et 6 octobre.

Réfugié d’origine russe tchétchène, l’assaillant de 18 ans, Abdoullakh Anzorov, a été abattu par la police peu après les faits.

– Les suspects

Pour tenter de déterminer d’éventuelles complicités, les enquêteurs ont placé jusqu’à seize personnes en garde à vue. Neuf d’entre elles, dont les membres de la famille de l’assaillant, ont été libérées sans poursuites à ce stade.

Parmi les sept suspects restants figure Brahim C., le parent d’élève de 48 ans qui avait appelé sur internet à la mobilisation après les cours de M. Paty. Les enquêteurs antiterroristes s’intéressent notamment à des messages échangés sur WhatsApp entre ce père de famille et Anzorov.

Autre suspect présenté au juge d’instruction, le sulfureux militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, qui avait accompagné le parent d’élève dans sa mobilisation et réalisé des vidéos dans lesquelles il appelait à sanctionner ce professeur « voyou ».

 

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Trois amis de l’assaillant ont été aussi déférés au pôle antiterroriste du tribunal de Paris à l’issue de leur garde à vue. L’un d’entre eux est soupçonné d’avoir convoyé l’assaillant depuis Evreux, à près de 100 km de là, où il habitait, tandis qu’au moins un autre est suspecté de l’avoir accompagné lors de l’achat de l’arme du crime, un couteau de 35 cm de long.

Deux collégiens sont également présentés au juge en vue d’une mise en examen. Ils sont soupçonnés d’avoir aidé Anzorov à identifier M. Paty, contre rémunération, le jour des faits.

– Les questions en suspens

Le parent d’élève et le militant islamiste étaient-ils informés des intentions meurtrières d’Anzorov ? L’assaillant a contacté le premier sur son numéro de téléphone, diffusé dans les deux vidéos appelant à la mobilisation contre l’enseignant.

Selon Le Parisien, les caricatures et la controverse autour du cours ont été mentionnées dans leurs échanges, mais sans que soit évoqué explicitement un projet d’action violente contre Samuel Paty. Des messages cryptés encore non lus seraient en cours d’exploitation, selon le journal citant une source proche de l’enquête. Les investigations ont également révélé des appels entre les deux hommes, mais leur teneur n’a pas encore été dévoilée.

Pour éventuellement imputer aux deux hommes une « complicité » de l’assassinat, les enquêteurs doivent avoir établi qu’ils avaient une connaissance précise de la finalité du projet d’Anzorov.

Le magistrat peut également les mettre en examen uniquement pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », s’il considère que les deux hommes ne pouvaient ignorer qu’ils fournissaient une aide à un potentiel terroriste. A défaut, ils risquent des poursuites pour des faits de droit commun, par exemple l’incitation à la haine.

Selon plusieurs médias, les suspects disent tous qu’ils ignoraient les intentions meurtrières du terroriste.

– Des failles ?

Interrogé mardi matin sur d’éventuelles défaillances, le ministre de la Justice, Eric Dupont-Moretti, a écarté toute « faille » dans le suivi du jeune terroriste, qui n’était pas « dans les radars des services de renseignement ».

 

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Abdoullakh Anzorov, qui a diffusé sur Twitter la photo du cadavre décapité du professeur, avait toutefois déjà posté des images de décapitation. Son compte avait été signalé cet été sur la plateforme Pharos de signalement de contenus illicites en ligne, sans être supprimé.

Selon plusieurs proches, la radicalisation d’Anzorov remonte à « quelques mois (jusqu’)à plus d’un an ». Des voisins, rencontrés par l’AFP, l’ont présenté comme un jeune homme « discret », « plongé dans la religion » depuis trois ans.

Son entourage familial a confié lors des auditions qu’il avait « évoqué la polémique » visant le professeur, mais pas son acte macabre à venir. Connu pour des antécédents de droit commun, il n’avait jamais été condamné.