France: Macron suscite l’indignation avec une plaisanterie sur les Comoriens

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Le président français Emmanuel Macron a déclenché un tollé avec une plaisanterie sur les « kwassa-kwassa », de frêles embarcations qui, selon lui, ne servent pas à pêcher mais à « amener du Comorien » dans le département français de Mayotte, dans l’océan Indien.

Une vidéo tournée lors d’une visite jeudi dans un Centre de sauvetage en mer en Bretagne (ouest de la France), et diffusée vendredi soir dans l’émission de télévision « Quotidien », montre le chef de l’État en train d’échanger avec des responsables officiels.

L’un d’entre eux évoque différents types d’embarcations : « Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassa ». « Ah non, c’est à Mayotte le kwassa-kwassa », relève alors M. Macron.

Avant d’ajouter, sur le ton de la plaisanterie : « Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent ».

Les kwassa-kwassa sont régulièrement utilisées par des migrants de l’archipel indépendant des Comores – un des pays les plus pauvres du monde – pour gagner Mayotte, territoire situé à 70 km et devenu le 101e département français en 2011.

Les migrants, qui partent notamment de l’île comorienne d’Anjouan, empruntent ces « kwassa-kwassa », des embarcations de fortune, pour rallier les côtes de Mayotte illégalement, parfois au péril de leur vie. En 2015, il y a eu plus de 19.000 reconduites à la frontière depuis ce département, contre environ 20.000 pour l’ensemble du territoire métropolitain.

Ces traversées occasionnent « entre 7.000 et 10.000 morts depuis 1995 », d’après un rapport sénatorial de 2012. Thani Mohamed Soilihi, sénateur de Mayotte, membre du groupe socialiste et républicain, avait parlé à leur propos des « bateaux de la mort » dans un débat parlementaire début 2017.

Contacté par l’AFP, l’Elysée, sans parler d’excuses, a reconnu « un trait d’humour malheureux qui a pu blesser », mais ajouté qu’Emmanuel Macron avait « toujours eu une position très claire, faite de fermeté et d’humanité, sur le sujet des migrations dans l’océan Indien, qu’il connaît bien car il s’est rendu à la Réunion et à Mayotte avec des prises de position sur ce problème » pendant sa campagne. « C’est un mauvais procès qui lui est fait quand on connaît ses positions », estime l’Elysée.

Selon la radio française Europe 1, l’entourage de M. Macron a reconnu une « plaisanterie pas très heureuse » et « malvenue ».

Les adversaires politiques de M. Macron ont vivement réagi à ces propos.

Quelques acteurs associatifs ont aussi vilipendé les propos du chef de l’État, « condamnés avec la plus grande fermeté » et qualifiés de « racistes et déshumanisants » par le Conseil représentatif des Français d’origine comorienne.