France: l’ex-maire de Marseille en garde à vue pour des soupçons de détournement

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L’ex maire de Marseille Jean-Claude Gaudin en juin 2000. © Crédit photo AFP

L’ancien maire de droite de Marseille (Sud) Jean-Claude Gaudin, qui a dirigé la deuxième ville française pendant 25 ans, a été placé mercredi en garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour détournements de fonds publics.

L’ex homme fort de Marseille, à la silhouette massive, qui affichait volontiers son allure débonnaire et son accent provençal, est mis en cause pour l’emploi de proches ayant dépassé l’âge de la retraite.

« Gaudin est entendu sous le régime de la garde à vue depuis ce matin », a indiqué à l’AFP une source judiciaire, confirmant une information obtenue de source proche du dossier.

Dans le cadre de la même affaire, les domiciles de Gaudin, âgé de 81 ans, avaient été perquisitionnés mardi.

Contactés par l’AFP, l’avocat de Gaudin n’a pas immédiatement répondu et plusieurs membres de son entourage n’ont pas souhaité réagir.

Une information judiciaire avait été ouverte le 11 juin 2019 pour détournement de fonds publics par une personne chargée d’une mission de service public et recel de ce délit.

Préjudice d’un million d’euros

« Cette information judiciaire concerne la situation de personnes qui ont poursuivi leur activité en ayant dépassé l’âge légal de départ à la retraite », selon une source judiciaire. Elle porte sur des faits datant de la période où Gaudin dirigeait Marseille.

Dans un rapport au vitriol rendu fin 2019, la chambre régionale des comptes avait épinglé la gestion de la ville par Gaudin, des finances au personnel en passant par l’immobilier.

Ce rapport s’étonnait en particulier d’une « gestion des départs en retraite (…) pour le moins coûteuse » à Marseille, avec plusieurs maintien en fonction estimés « illégaux » au cabinet du maire.

 

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Elle s’étonnait notamment que 11 personnes de plus de 69 ans – et majoritairement de 70 ans et plus – aient été maintenues en activité sur la période 2012-2017.

Pour les magistrats de la chambre régionale des comptes, la ville violait « sciemment » les règles légales sur la retraite, causant ainsi un préjudice de plus d’un million d’euros par an aux contribuables.

Les faits ont été révélés dans le cadre d’une enquête préliminaire du parquet national financier sur la gestion du temps de travail des agents municipaux de Marseille, terminée en décembre, et pour laquelle M. Gaudin pourrait être renvoyé devant la justice ainsi que six de ses proches.

Changer l’image de la ville

« Aucune orientation n’a été prise pour l’instant » dans ce volet, a-t-on appris de source proche du dossier. Le parquet lui reproche notamment l’existence d’heures supplémentaires indues et un absentéisme injustifié des agents.

Après plus de 20 ans aux mains de la droite et alors que Jean-Claude Gaudin se retirait de la vie politique, la mairie de Marseille a été remportée en juillet 2020 par une coalition de gauche, le Printemps marseillais. Le nouveau maire socialiste Benoît Payan a fustigé début février un héritage financier « catastrophique », estimant que « l’argent public (avait) été gaspillé, jeté, bradé ».

 

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Issu d’une famille modeste d’un quartier au sud de la ville, enseignant de formation,  Gaudin avait commencé sa carrière politique à 25 ans, en devenant le benjamin des conseillers municipaux de Marseille, alors dirigée par le socialiste Gaston Defferre, ne parvenant à enlever la mairie qu’en 1995.

Jean-Claude Gaudin a beaucoup fait pour modifier l’image de la ville, régulièrement mise à mal par des règlements de compte liés au trafic de drogue et au grand banditisme, lançant de nombreux chantiers culturels, dont le Mucem (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), en bord de mer.

Malgré les projets d’aménagement engagés par la mairie, les habitants continuent toutefois de souffrir au quotidien de la pollution record, du manque de transports en commun et de parcs.

Surtout, Jean-Claude Gaudin avait été mis en cause après l’effondrement meurtrier de deux immeubles vétustes en plein coeur de Marseille en novembre 2018, qui a fait huit morts, symbolisant un échec à lutter contre l’habitat insalubre.