France: des malades racontent leur Covid-19 à domicile

« Ce sont des vagues »: d’abord une grosse fatigue, des courbatures et, souvent, des difficultés à respirer. Puis, plus rien, avant le retour des symptômes. Reclus chez eux, des patients français atteints du Covid-19 décrivent à l’AFP une maladie « qui ne ressemble à aucune autre ».

Esther Boissière se souvient très bien du jour où le virus a frappé à sa porte. « C’était le 12 mars. On avait acheté des bières avec mon conjoint pour regarder l’allocution » télévisée du président français Emmanuel Macron, raconte cette enseignante de 45 ans.

Une fois l’écran éteint, elle a eu « mal au crâne » et 38,2° de température, alors qu’elle ne fait « jamais de fièvre ». Un médecin diagnostique le lendemain une « suspicion » de coronavirus et l’arrête quinze jours. « Mais je me dis que ça peut aussi être une grippe », dit Esther.

L’enseignante va vite déchanter. Les nuits s’enchaînent, elle se réveille souvent « trempée », tousse beaucoup. La situation s’aggrave le 20 mars, « le jour de mon anniversaire ». « Pas bien du tout », la quadragénaire ressent une « oppression au niveau de la tête et de la cage thoracique ».

Respirer devient « très compliqué », sa tension descend à « 10 ». « J’ai vraiment eu peur de mourir », dit-elle. Les pompiers se déplacent mais son cas n’est pas suffisamment grave pour nécessiter une hospitalisation. Son arrêt est prolongé.

« Le plus dur, c’est de ne jamais savoir quand ça va aller mieux. Ca vient par vagues, c’est un drôle d’effet », explique-t-elle. Elle commence à « voir le bout du tunnel » mais a toujours peur de « replonger » et s’inquiète de « garder des séquelles », notamment des lésions pulmonaires.

Claire, 28 ans et habitante de Lille (nord), espère aussi que « le pire est derrière » elle. Quand le diagnostic du médecin est tombé, elle était « choquée ». Vu son âge, elle s’attendait à « de plus petits symptômes ».

Aujourd’hui, à « J+12 », elle dit guérir « à coup de 2% chaque jour », n’a « plus mal aux poumons » mais toujours « des courbatures et le nez qui coule ». « C’est super long, ça part, ça revient, ça ressemble à rien et à tout en même temps », résume-t-elle.

« Roulette russe »

L’isolement à domicile de ces malades, même si leurs cas ne sont pas les plus graves, génère souvent beaucoup d’anxiété.

« Parfois je me disais: +là ça va, mais si en pleine nuit je ne respire plus, je me mets à suffoquer, comment ça se passe ?+ », explique Vasken Pekmezian, 37 ans, qui a connu une perte totale du goût et de l’odorat, autres symptômes caractéristiques.

Comme tous les patients interrogés par l’AFP, il regrette de ne pas avoir été testé. « J’ai contaminé ma femme, enceinte », peste-t-il. La transmission du virus au foetus n’est pas établie par les médecins. « Dans le même temps, ils reconnaissent qu’on n’a aucun recul », souligne-t-il.

« Psychologiquement c’est la difficulté de ne plus respirer » qui a aussi inquiété Florian Lenglet, 30 ans. « On ne veut pas se retrouver tout seul à l’hôpital » ni « abuser du 15 » –le numéro des urgences– au détriment d’un cas plus grave, mais « on se demande en permanence si on ne se met pas en danger », explique ce responsable de station-service près de Versailles en banlieue parisienne.

Lui aussi est épuisé par les allers et retours des symptômes: « un jour, je déborde d’énergie, le lendemain je suis à plat, c’est une maladie en dents de scie qui ne ressemble à aucune autre ».

« L’aspect psychologique est très compliqué à gérer. Ce n’est pas comme une mauvaise grippe. Là, on sait que c’est mortel », reconnaît Christian Quest, 45 ans, guéri depuis trois jours. « Il y a un côté roulette russe, estime ce collaborateur parlementaire. Mais, selon l’âge et les co-morbidités, il y a plus ou moins de balles dans le barillet. C’est stressant ».