France: décès de Simone Veil, icône de la lutte pour les droits des femmes

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Celle qui avait porté la loi autorisant l’avortement en 1975 est morte à l’âge de 89 ans. Elle était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans.

L’ancienne ministre et académicienne Simone Veil, 89 ans, est morte ce vendredi matin, ont annoncé les membres de sa famille. «Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet», a indiqué son fils l’avocat Jean Veil.

L’ancienne ministre de la Santé qui avait porté la loi autorisant l’avortement en 1975 avait été «hospitalisée pendant quelques jours à Avignon pour des problèmes respiratoires» en août 2016.

Le chef de l’État Emmanuel Macron a adressé ses condoléances à la famille. «Puisse l’exemple de Simone Veil inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France», écrit-il sur Twitter. L’ancien président de la République François Hollande a indiqué qu’elle avait «incarné la dignité, le courage et la droiture».

«Je suis déjà un peu morte dans les camps»

Simone Veil est née en 1927, à Nice. Issue d’une famille bourgeoise, elle est élevée en compagnie de son frère Jean et de ses sœurs Madeleine et Denise. Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle n’a que 16 ans et qu’elle vient de passer son Bac, elle est arrêtée par les Allemands en 1944. Toute la famille est déportée dans des camps de concentration. Pour Simone, sa mère et Madeleine, la destination est le camp d’Auschwitz-Birkenau. La famille est décimée puisque seules Simone et ses sœurs survivent, son père, sa mère et son frère, ne revenant jamais.

Après ce drame, Simone Veil reprend ses études et étudie à la faculté de droit et à l’institut d’études politiques de Paris. C’est là qu’elle rencontre Antoine Veil, qu’elle épouse en 1946 et avec qui elle aura trois garçons. En 1956, elle tourne le dos au métier d’avocate pour devenir magistrale. Elle fait carrière au ministère de la Justice et intègre, en 1970, le Conseil supérieur de la magistrature. En 1974, le grand public la découvre lorsqu’elle est nommée ministre de la Santé par Valéry Giscard d’Estaing.

C’est à ce poste qu’elle mène le grand combat de sa vie politique en étant à l’origine de la loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette action reste gravée dans la mémoire des Français et fait d’elle une de leurs personnalités préférées durant de très nombreuses années.

Pro-européenne absolue, Simone Veil devient présidente du Parlement européen en 1979. En 1993, Édouard Balladur la nomme à son tour ministre de la Santé et de la Ville, poste qu’elle occupe jusqu’en 1995, avant de se retirer peu à peu de la vie politique. Toujours active néanmoins, eelle occupe la fonction de présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007. En 2008, elle devient la sixième femme élue à l’Académie française où elle a occupé le siège de Pierre Messmer. Elle avait également été membre du Conseil constitutionnel.

Au moment de son élection à l’Académie, elle avait estimé qu’il s’agissait-là «d’un grand honneur de devenir ‘immortelle’». «Pour ma part, j’ai depuis longtemps dépassé l’idée de l’immortalité, dans la mesure où je suis déjà un peu morte dans les camps» avait-elle indiqué.