Explosifs découverts près de Paris: les deux suspects voulaient commettre un attentat

Crédit BERTRAND GUAY/AFP.

Le procureur de Paris François Molins a déclaré ce dimanche que les substances découvertes dans un appartement à Villejuif mercredi devaient servir à confectionner une bombe. L’un des suspects, fiché S, a été en relation avec le djihadiste de l’Etat islamique Rachid Kassim.

Quatre jours après la découverte d’un laboratoire de fabrication d’explosifs dans un appartement de Villejuif, dans le Val-de-Marne, deux hommes ont été mis en examen dimanche et une information judiciaire pour terrorisme a été ouverte. Le procureur de Paris, François Molins, a déclaré que les deux suspects voulaient confectionner une bombe dans le but de commettre un attentat.

«Leur projet était la confection d’une bombe pour commettre un attentat», a affirmé le procureur après la confrontation des deux hommes, le propriétaire de l’appartement et l’une de ses connaissances, qui était fichée S. Ce dernier a entretenu des liens avec le djihadiste du groupe Etat islamique, Rachid Kassim. «Aucun projet n’était établi à ce stade même si l’un d’entre eux a admis qu’ils avaient pensé à s’attaquer à des militaires de l’opération Sentinelle», a poursuivi Molins lors d’une conférence de presse.

Les deux hommes sont nés en 1981 et 1980 et n’ont jamais été condamnés. L’individu fiché S, Frédéric L., est converti depuis 2008, sans emploi depuis 2011 et radicalisé depuis 2015. Les deux hommes «ont admis avoir voulu rejoindre l’EI en 2015», sans toutefois le faire par manque de «contacts» et de «moyens financiers», a déclaré François Molins.

Avec les quantités de produits chimiques retrouvés par les enquêteurs, les deux suspects auraient pu confectionner entre «trois et quatre kilogrammes de TATP», a précisé le procureur. Les deux hommes voulaient en fabriquer dix kilos, a-t-il ajouté. Sur une clés USB retrouvée sur les lieux figuraient des vidéos tournées sur la terrasse de l’appartement «comportant des séquences mettant en scène des essais d’explosion», a indiqué François Molins. L’exploration de l’ordinateur découvert dans l’appartement a en outre permis de retrouver la trace de consultations Internet de type «chimie», «explosifs» ou encore «État islamique», et aussi de jeux vidéo de simulation de conduite, notamment de véhicules poids lourds, a révélé le magistrat.

Mercredi, 100 grammes de TATP avaient été découverts fortuitement dans l’appartement de Villejuif. Le TATP est un explosif artisanal instable souvent utilisé par l’État islamique lors de ses attentats. Des membres de la cellule djihadiste démantelée en août en Catalogne avaient tenté d’en confectionner, lorsque la maison qu’ils occupaient a explosé. Du TATP avait également été utilisé lors des attentats de novembre 2015 par des kamikazes aux abords du Stade de France, de Bruxelles en mars 2016 et de Manchester en mai dernier.

À Villejuif, les enquêteurs ont notamment mis la main sur 10 litres de produits permettant la fabrication de l’explosif, du matériel destiné à «conditionner un colis piégé» et des produits chimiques. Ce laboratoire clandestin avait été découvert après le signalement de deux artisans qui intervenaient dans l’immeuble.

Le propriétaire des lieux avait été arrêté quelques heures plus tard au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Au cours de la nuit suivante, un homme de 37 ans «radicalisé et suivi par la DGSI» (Direction générale de la sécurité intérieure) avait été interpellé dans la commune voisine de Vitry-sur-Seine. Son lien avec l’atelier clandestin n’était pas établi au moment de son interpellation, mais son rapport avec le propriétaire de l’appartement a pu être démontré au cours de leur garde à vue.Jeudi, lors d’une perquisition, les enquêteurs ont encore trouvé quelques litres de produits chimiques pouvant servir à fabriquer du TATP, dans un box loué à Thiais (Val-de-Marne) par le propriétaire du logement de Villejuif. Une troisième personne, un homme de 47 ans qui avait été arrêté en compagnie du propriétaire de l’appartement de Villejuif a été libéré dimanche matin, a précisé le parquet.