Ex-champion de la lutte anticoronavirus, Israël retourne en confinement partiel

965
Crédit: DR.

« Les premiers seront les derniers », dixit la Bible de Jérusalem. Champion de la lutte contre le nouveau coronavirus au commencement de la pandémie, Israël fait actuellement partie de ses damnés avec pour conséquences un reconfinement partiel et de vives critiques contre le gouvernement.

Le comité ministériel chargé du nouveau coronavirus a approuvé dimanche « un bouclage nocturne » pour environ 40 villes avec le taux d’infection le plus élevé et la fermeture de la plupart de leurs écoles ainsi qu’une limitation sur les rassemblements à partir de lundi, a indiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Je sais que ces restrictions ne sont pas faciles mais dans la situation actuelle, il n’y a aucun moyen d’éviter cela », a-t-il ajouté dans un communiqué, sans préciser la durée de ces mesures.

Le pays a passé ce week-end le cap des 1.000 morts, triplant ainsi le nombre de décès dus au coronavirus pendant les mois d’été, émaillés de manifestations contre la gestion des crises sanitaire et économique par M. Netanyahu.

 

Lire aussi: La France demande à Israël de ne pas expulser Salah Hamouri

 

Le 1000e mort n’est pas passé inaperçu. Le quotidien Yediot Aharonot, le plus vendu du pays, a noirci sa une avec les noms des victimes, évoquant « un échec honteux de la gestion de la crise depuis mai ».

Selon les données collectées par l’AFP, l’Etat hébreu est depuis deux semaines le cinquième pays au monde en termes de cas d’infection par habitant, devant le Brésil et les Etats-Unis.

Plus de 3.000 nouveaux cas ont été enregistrés quotidiennement la semaine dernière, un record pour ce pays de neuf millions d’âmes et un contraste saisissant avec les premiers mois de la pandémie.

– Dans le « rouge » –

Début mars, Israël avait pris le problème très au sérieux. Les vols vers l’étranger avaient presque tous été annulés, les commerces non essentiels fermés et la population confinée.

Le pays a même connu mi-mai deux jours consécutifs sans nouveau cas. Ces chiffres avaient permis au gouvernement d’accélérer le déconfinement avec la réouverture des bars, restaurants et cafés, des lieux de culte et avec l’autorisation des mariages, tout en maintenant l’obligation du port du masque.

Mais le nombre de cas a quintuplé depuis juillet. Certains évoquent un déconfinement trop rapide doublé de faibles mesures d’aide aux plus affectés, poussés à un retour précipité au travail.

D’autres pointent une désorganisation du système de santé, voire la rentrée des classes ou encore une plus grande capacité de dépistage, qui a pour effet d’accroître le nombre officiel de cas.

Critiqué dans la rue, le Likoud (droite) de Benjamin Netanyahu l’est aussi en interne avec un ténor du parti, Nir Barkat, qui a demandé ces derniers jours la démission du ministre des Finances Israël Katz.

Pour lutter contre la propagation du virus, les autorités ont divisé les villes en quatre catégories –rouge, orange, jaune et vert.

Retour en arrière dès lundi avec la fermeture des écoles et des commerces non essentiels dans une quarantaine de villes « rouges ». L’armée va par ailleurs mettre à contribution 7.000 réservistes pour épauler la police dans ces villes.

– « Redevenir un pays vert » –

« Il faut en finir avec l’indifférence et le mépris », a déclaré ces derniers jours le médecin en chef de la lutte anticoronavirus Ronni Gamzu, mettant en garde les secteurs ultra-orthodoxes et arabes, considérés comme des viviers du virus.

Le gouvernement menait des pourparlers en soirée avec des leaders juifs ultra-orthodoxes, opposées à la fermeture des synagogues à l’approche des fêtes juives de Rosh Hashana et de Yom Kippour, du 18 au 29 septembre.

 

Lire aussi: Bahreïn va autoriser les vols Israël/Emirats au dessus de son territoire

 

« Si le confinement est dans notre intérêt, pour limiter la propagation du virus au sein de la population, cela me va », souffle Imad, un habitant du quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem.

Car la hausse récente des cas pourrait n’être que le début d’une vague puissante.

« Avec 3.000 cas par jour, il n’y a pas de villes vertes, le virus passe d’une ville à l’autre », a déclaré dimanche le ministre de l’Energie Yuval Steinitz.

« Il n’y a d’autre choix que de tout fermer, il vaut mieux confiner tout le pays pendant deux semaines et redevenir un pays vert plutôt que de continuer à rester dans le rouge pendant des mois », a-t-il ajouté.