Et maintenant, « la catastrophe du coronavirus »? Les Libanais se reconfinent

4437
Devant les urgences d'un hôpital du quartier Hamra du centre de Beyrouth, le 4 août 2020. AFP

« Quoi maintenant? En plus de ce désastre, la catastrophe du coronavirus? », lâche Roxane Moukarzel. Encore sous le choc après la déflagration qui a dévasté des quartiers de Beyrouth le 4 août, les Libanais se reconfinent vendredi après un pic de contaminations au covid-19.

A cette mesure prise pour deux semaines s’ajoute un couvre-feu de 18H00 à 06H00, afin de faire face à des taux record de contaminations ces derniers jours, portant le bilan depuis le début de l’épidémie au Liban à 10.952 cas, dont 113 décès.

Inquiète des conséquences de l’épidémie, Moukarzel accueille favorablement la décision du reconfinement, en particulier après l’explosion au port de la capitale qui a fait au moins 181 morts et des milliers de blessés et ravagé des quartiers entiers.

Un premier confinement d’un mois avait été imposé à la mi-mars, avant d’être progressivement levé, mais l’aéroport n’a rouvert que le 1er juillet avec une activité réduite. Un nouveau confinement a été imposé fin juillet mais n’a duré que cinq jours car levé le jour de l’explosion. L’aéroport de Beyrouth fonctionne normalement.

« D’un point de vue économique, fermer le pays n’est pas une bonne chose car les gens veulent vendre, mais mieux vaut qu’ils perdent un peu au lieu de tomber malade », affirme Moukarzel.

« Il n’y a plus de place dans les hôpitaux. Si les gens commencent à tomber malade, où vont-ils les mettre? », dit cette mère de famille de 55 ans.

Les autorités redoutent que le secteur de la santé ne peine à répondre à un nouveau pic des infections au virus, surtout que certains hôpitaux près du port ont été très endommagés.

 

Lire aussi : Liban: un membre présumé du Hezbollah reconnu coupable dans la mort de Rafic Hariri

 

Le reconfinement n’affectera pas les efforts de nettoyage et de secours dans les quartiers les plus affectés par l’explosion, selon les autorités.

Les magasins d’alimentation, supermarchés et autres commerces peuvent rester ouverts, mais ils doivent observer des mesures de prévention.

La pandémie de Covid-19 n’a fait qu’accentuer la crise économique inédite au Liban, avec une inflation galopante, des restrictions draconiennes sur les retraits en dollars et des milliers de personnes qui ont perdu leur emploi ou une large partie de leurs revenus.

Même avant l’explosion d’une énorme quantité de nitrate d’ammonium entreposée au port — qui a provoqué la colère des Libanais à l’égard des dirigeants qu’ils accusent d’être responsables de par leur incurie –, le taux de la population considérée comme pauvre a doublé avec la crise, selon les estimations de l’ONU.

« Rien à manger »

Assis dans son atelier de menuiserie, dans un quartier de Beyrouth plus éloigné du port, Qassem Jaber, 75 ans, ne voit pas en quoi un autre reconfinement serait utile.

« Il n’y a pas de travail. Les gens n’ont pas d’argent et n’ont rien à manger », a-t-il affirmé. Le commerçant est déterminé à rester ouvert pour aider les gens à reconstruire leurs maisons.

« Qu’est-ce que le coronavirus vient faire là-dedans? On s’en remet », a-t-il ajouté.

Pour ce musulman chiite, le Hezbollah a cependant bien agi en appelant ses partisans à éviter les grands rassemblements cette année à l’occasion de l’Achoura, qui commémore le martyre de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, un des événements fondateurs de l’islam chiite.

En temps normal, des milliers de chiites se rassemblent dans les rues pour les commémorations, qui ont lieu vendredi.

 

Lire aussi : Liban: le Parlement doit entériner l’état d’urgence à Beyrouth sinistrée

 

Mais le chef du mouvement chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, a ordonné de suspendre les commémorations publiques en raison de la résurgence de l’épidémie.

« La situation est devenue hors de contrôle, il y a beaucoup de cas et les hôpitaux ne peuvent plus gérer cela », a affirmé lundi Hassan Nasrallah, exhortant ses partisans à se contenter de placer des drapeaux noirs devant leurs maisons et commerces pour marquer l’événement.

« Ils ont annulé l’Achoura pour que personne ne soit infecté », a affirmé Jaber.

« Tous les jours, nous avons 100, 200, 300 nouveaux cas. S’ils maintenaient l’Achoura, tout le monde serait collé l’un à l’autre. Ce ne serait pas bien », a-t-il ajouté.