Erdogan reprend les rênes de l’AKP

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a repris, dimanche, les rênes du parti Justice et Développement (AKP, au pouvoir depuis 2002) moins de trois ans après l’avoir quitté, conformément à la Constitution, suite à son élection à la magistrature suprême en août 2014.

Lors d’un congrès extraordinaire, le troisième de cette formation en 16 ans, Erdogan, unique candidat, revient à la tête de la formation qu’il avait cofondée en 2001 à la faveur de la réforme constitutionnelle du 16 avril dernier qui a supprimé l’interdiction au chef de l’Etat de rompre ses liens avec son parti politique. Il devient le leader de jure du parti et aussi le premier « président partisan » du pays grâce à cette seule disposition de la réforme, sur un paquet de 18 articles, entrée en vigueur alors que le reste prendra effet après les élections présidentielles et législatives de 2019. Le retour du président au poste de président remodèlera l’organisation du parti et définira un nouveau plan d’action, a indiqué le parti dans sa plateforme « Démocratie, Transformation, Réforme », soutenant que ce retour mettra fin aux rivalités internes et préparera les élections législatives et présidentielle du 3 novembre 2019.

« Dans la nouvelle période, nous aurons un nouveau plan d’action et je surveillerai personnellement les actions à exécuter », a indiqué Erdogan, annonçant qu’une « feuille de route sera établie dans les 6 mois pour moderniser l’AKP », qui a remporté toutes les élections (municipales, législatives et présidentielle) depuis 2002. « Pas d’arrêt. Nous allons maintenant marcher pour les élections de 2019 », a-t-il déclaré devant la foule réunie devant le centre sportif d’Ankara qui abrite ce congrès. Il a affirmé que la lute se poursuivra contre toutes les organisations terroristes et les ennemis de la Turquie sur son territoire comme à l’étranger, ajoutant « qu’il n’est pas question de lever l’état d’urgence, décrété depuis le putsch militaire avorté de juillet dernier, jusqu’à ce que la paix et la prospérité soient assurées ».

L’état d’urgence a été prorogé, en avril dernier, pour une nouvelle période de 90 jours afin de « continuer à assurer la protection de la démocratie, de la règle de droit, des droits et libertés des citoyens de manière efficace ». Depuis la proclamation de l’état d’urgence, le pouvoir a lancé une vaste purge dans les rangs des partisans de Fethullah Gülen (FETO), accusé d’avoir fomenté le putsch manqué. Environ 47 mille ont été arrêtées et plus de 100 mille ont été licenciées ou suspendues. Selon les statuts du parti, le président du groupe parlementaire AKP doit être député et chef de la formation politique, actuellement dévolu au Premier ministre Binali Yildirim. Mais comme ce dernier cédera le leadership de son parti à Erdoğan lors du congrès, il se retirera automatiquement du poste de président du groupe parlementaire. Toutefois, le président Erdogan, qui n’est pas parlementaire, ne peut légalement présider le groupe parlementaire.

Raison pour laquelle, l’AKP s’est engagé à modifier ses statuts pour créer un poste de « président par intérim » au congrès, un amendement qui restera en vigueur jusqu’aux prochaines législatives et ouvrira la voie à Yildirim de conserver la présidence du groupe parlementaire en tant que « chef agissant » du parti.Il est ainsi prévu qu’il soit réélu à ce poste lors de la réunion, mercredi prochain à huis clos, du groupe parlementaire. Selon les analystes politiques turcs, un autre aspect important de ce congrès sera un remaniement gouvernemental impliquant huit à dix ministres et un changement au sein des principaux organes décisionnels de l’AKP dont le Comité Central Exécutif. Le président Erdogan ne modifiera pas seulement les noms des candidats aux futures législatives et l’organisation du parti mais va inclure ceux ayant exercé dans son bureau présidentiel, rapporte le quotidien « Hurriyet Daily News ».

Avec MAP