En Algérie, l’inclusion des femmes en politique reste sélective

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Candidates fantômes ou « fraises sélectionnées »: bien que présentes sur les listes des législatives et bénéficiant de politiques inclusives, les Algériennes restent à l’écart des prises de décision et sont parfois reléguées à une participation purement formelle.

La campagne électorale des législatives anticipées du 12 juin ne suscite guère l’intérêt des Algériens, mais certains propos sexistes n’ont pas manqué de créer la polémique.

L’affiche électorale d’une liste de la wilaya (préfecture) d’El Menia (centre), certes paritaire mais ne montrant que le visage des hommes tandis que les femmes sont seulement représentées par une silhouette, a été vivement dénoncée sur les réseaux sociaux.

La pratique n’est pas nouvelle. En 2017, plusieurs listes avaient été épinglées pour un affichage similaire.

A cela s’ajoute le tollé provoqué par les déclarations du président du Front de la bonne gouvernance, Aïssa Belhadi, qui a comparé les femmes présentées par son parti à des « fraises sélectionnées » pour vanter leurs qualités.

Des propos sexistes rapidement tournés en dérision par les internautes.

Les deux controverses ont ravivé le débat sur la place des femmes au sein de l’Assemblée populaire nationale (APN): largement plus présentes depuis 2012, elles sont peu visibles en comparaison à leurs collègues masculin.

 

– Des politiques inclusives –

 

Les Algériennes ont jusqu’ici bénéficié d’un cadre juridique favorable permettant leur inclusion au sein des assemblées élues.

La révision constitutionnelle de 2008 a permis de reconnaître leurs droits politiques et une loi adoptée en 2012 a instauré des quotas de représentativité allant de 30% à 40% selon les circonscriptions électorales.

Enfin, une nouvelle loi portant sur le régime électoral entrée en vigueur en mars 2021 impose 50% de femmes sur les listes des scrutins législatifs ou locaux. Toutefois, cette législation ne garantit pas une plus large présence féminine dans la prochaine assemblée puisqu’elle supprime les quotas obligatoires de femmes députées.

Certes, ces mesures ont fait considérablement augmenter le nombre d’élues: de 7,7% des sièges de l’APN en 2007 (29 femmes) à 31,6% en 2012 (146 femmes sur 462 élus). En 2017, un léger recul est observé avec 25,8% des sièges attribués à des femmes.

Mais pour la chercheuse Louisa Dris Aït Hamadouche, cette inclusion apparente des femmes est « sélective ».

Elles « obtiennent de plus en plus de droits en politique mais restent absentes des postes des prises de décision », au sein des instances dirigeantes des partis ou de l’exécutif par exemple, écrivait-elle en 2016 dans la revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, Insaniyat.

 

– « Masculin et exclusif » –

 

Selon une étude du Programme des Nations unies pour le développement réalisée en 2018, « sur les 32 postes à responsabilité existant au sein de l’APN, seuls 6,3% étaient occupés par des femmes ».

Aucune femme ne préside un des groupes parlementaires et les représentantes se concentrent surtout dans les commissions traitant « des thématiques traditionnellement assimilées aux préoccupations des femmes » comme les affaires sociales et culturelles, la santé et l’éducation.

Sur les 36 postes que compte le gouvernement actuel, seuls six sont attribués à des femmes.

Pour Mme Dris Aït Hamadouche, le pouvoir algérien « est masculin et exclusif ».

Il « allie logique autoritaire et instruments démocratiques » et puise dans « les revendications des femmes pour combler un déficit démocratique », expliquait-elle dans Insaniyat.

De son côté, l’avocate et militante Nadia Aït Zai se félicite de la parité visible sur les listes des législatives de 2021, mais rappelle que cela ne garantit pas une parité dans les résultats.

Les élues n’ont pas su porter les revendications en faveur des droits des femmes, regrette la présidente de la Fondation pour l’égalité.

« Nous n’avons pas vu les femmes présentes à l’APN émerger ou se rendre visibles par des positions en faveur de l’égalité, de la justice. Elles se sont fondues dans la masse », affirme-t-elle.

Or il est nécessaire de « sensibiliser à l’intérieur du Parlement à la question du genre pour qu’on tienne compte de la place des femmes dans les lois qui sont élaborées. Il faut créer des passerelles pour arracher de petites choses », insiste la militante.