En Algérie, la réforme constitutionnelle divise coalition au pouvoir et oppositions

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A un mois d’un référendum constitutionnel voulu par le pouvoir, le paysage politique algérien apparaît plus que jamais divisé entre une coalition présidentielle promettant une « Nouvelle République » et des oppositions qui dénoncent un projet destiné notamment à enterrer la contestation populaire (« Hirak »).

Dès son investiture en décembre 2019, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, s’est engagé à réviser la loi fondamentale, taillée sur mesure pour l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika, et à soumettre la réforme à un référendum.

Une commission de constitutionnalistes, nommée en janvier 2020 par Tebboune, a remis ses conclusions en mars après consultation des partis, de personnalités connues et de certains représentants de la société civile.

Le projet de révision propose « un changement radical du mode de gouvernance », afin de de préparer l’avènement d’une « Algérie nouvelle ».

Mais la grande majorité des Algériens, guère intéressés pour le moment, n’a toujours pas eu accès au texte, adopté sans débat par le Parlement début septembre.

Ce Parlement reste dominé par le Front de libération national (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), les deux principales forces qui soutenaient Bouteflika, chassé du pouvoir par le « Hirak » en avril 2019.

Inédit et pacifique, ce mouvement de protestation inédit a longtemps battu le pavé, y compris après la chute du clan Bouteflika, pour réclamer un changement complet du « système » en place depuis l’indépendance en 1962. A partir de mars, il a toutefois décliné, victime des mesures de lutte contre la pandémie de Covid-19 et de la répression.

– « Saut qualitatif » –

Pour Abou El Fadhl Baadji, secrétaire général du FLN, la cause est entendue: le projet d’amendement constitutionnel « amorce un saut qualitatif en faveur de la naissance de la +Nouvelle République+ où règnent la justice, la loi et la répartition équitable des richesses ».

Même son de cloche au RND, qui compte participer « de manière efficace » à la réussite du référendum le 1er novembre, selon son secrétaire général, Tayeb Zitouni.

L’autre camp rassemble une coalition hétéroclite, aux motivations diverses: des islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) au Pacte pour l’alternative démocratique (PAD: une plateforme pro-« Hirak »), en passant par les socialistes et les trotskystes.

Sans oublier des juristes et les défenseurs des droits humains.

« Le pouvoir continue de concocter des Constitutions à travers des commissions techniques ou d’experts tout en ignorant le peuple », déplore Djamal Bahloul, porte-parole du Front des forces socialistes (FFS), plus vieux parti d’opposition, fustigeant « un énième coup de force contre la souveraineté populaire ».

Le FFS et deux autres forces laïques, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Parti des Travailleurs (PT, trotskyste), réclament l’élection d’une Assemblée constituante.

– « Concentration des pouvoirs » –

Pour Ramdane Taazibt, un dirigeant du PT, qui critique « la concentration des pouvoirs entre les mains du président de la République », « cette révision constitutionnelle n’est là que pour sauvegarder le système ».

« Chaque chef d’Etat qui arrive essaie de se tailler sa propre Constitution pour se donner plus de pouvoir », regrette de son côté le porte-parole du RCD, Athmane Mazzouz: « Nous appelons les Algériens à ne pas aller voter ».

En revanche, le MSP, principal parti islamiste en Algérie, a décidé de participer au référendum, mais appelle à voter « non ».

Première force d’opposition au Parlement (34 députés sur 462), le MSP souhaite lui aussi un « changement du système politique ». Et dit voir dans la révision constitutionnelle un projet « laïc ».

Ce parti islamiste, qui se réclame des Frères musulmans, blâme plusieurs clauses de la réforme, comme l’article 51, qui stipule que « l’Etat assure la protection des lieux de cultes de toute influence politique ou idéologique », ce qui équivaut selon lui à consacrer « la laïcité de la mosquée ».

Ou encore l’article 40 qui énonce que « l’Etat protège la femme contre toutes formes de violence en tous lieux et en toutes circonstances dans l’espace public, dans la sphère professionnelle et dans la s