Egypte: bataille pour l’opinion entre pro et anti-Sissi sur la Toile

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Hashtags, contre-hashtags, déclarations rageuses sur les réseaux sociaux, la bataille pour gagner l’opinion fait rage en Egypte, à la veille de possibles manifestations contre le président Abdel Fattah al-Sissi.

#Sissi_dégage, #Sissi_tu_es_fini d’un côté, #Vive_Sissi, #Ils_veulent_le_chaos de l’autre: encouragés par les manifestations de vendredi dernier dans plusieurs villes d’Egypte, les anti-Sissi se sont affirmés sur les réseaux sociaux, aussitôt contre-attaqués par les partisans du président.

Seul espace encore disponible pour l’expression de la dissidence en Egypte où l’opposition a été réduite au silence, les plateformes comme Twitter ou Facebook ont connu un regain d’activité politique ces derniers jours.

C’est une série de vidéos postées sur Facebook par un entrepreneur égyptien en exil, Mohamed Aly, qui a poussé quelques centaines de personnes à manifester dans les rues vendredi dernier aux cris de « Sissi dégage », avant d’être dispersées rapidement.

 

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Les vidéos ont été relayées des millions de fois à la façon d’un feuilleton, sous le hashtag #la_nouvelle_vidéo.

« L’appel à des manifestations pacifiques vendredi n’est pas un appel à la destruction, la dévastation et le chaos, mais un appel à l’espoir », a écrit mercredi depuis les Etats-Unis sur Twitter Essam Heggy, un scientifique égyptien travaillant à la Nasa.

En Egypte, le politicien pro-Sissi Mustafa Bakry a rétorqué en s’adressant sur Twitter au mouvement islamiste des Frères musulmans, jugé responsable du regain d’agitation, que « le peuple égyptien ne sera pas l’instrument pour votre retour au pouvoir ».

Malgré l’activité intense des anti-Sissi en ligne, les réseaux sociaux sont davantage contrôlés aujourd’hui par les autorités qu’en 2011 lors de la révolte, déclenchée par des appels sur Facebook, qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir.

Peu après les manifestations de vendredi, l’application de communication Messenger et plusieurs sites d’information ont été perturbés.

Féroce campagne

La contestation « cette fois-ci n’a pas de leader, elles est spontanée », souligne Mustafa Kamel al-Sayed, professeur de Sciences politiques à l’Université du Caire.

« En 2011, il y avait de la mobilisation » via les réseaux sociaux, explique-t-il en évoquant la page Facebook « Nous sommes tous Khaled Saïd » du nom du jeune Egyptien torturé à mort par des policiers en 2010, l’un des événements déclencheurs de la révolte anti-Moubarak.

A l’inverse, c’est à l’étranger que l’actuel mouvement a pris son origine début septembre, avec les vidéos postées par M. Aly depuis l’Espagne, accusant M. Sissi de corruption.

Face à ces accusations, les médias majoritairement pro-gouvernementaux se sont eux aussi lancés dans la mêlée en déclenchant une féroce campagne contre M. Aly, mais surtout contre les Frères musulmans, organisation interdite en Egypte.

Les chaînes basées à l’étranger et considérées comme proches de cette organisation, comme Al-Jazeera du Qatar, ont également été visées par les médias pro-Sissi.

Sur la chaîne saoudienne MBC Egypt, l’animateur Amr Adib a voulu discréditer Mohamed Aly en diffusant des photos de lui dans des discothèques et d’autres le montrant, selon lui, en Etat d’ivresse.

Parallèlement, plusieurs artistes égyptiens, soutiens notoires du président Sissi, ont aussi participé à la contre-attaque sur les réseaux sociaux et dans les médias. Clips et vidéos d’acteurs ou de chanteurs se sont multipliés ces derniers jours.

Parmi eux, la célèbre danseuse du ventre Fifi Abdou a mis sur Instagram un clip dans lequel elle attaque sans mâcher ses mots ceux qui veulent créer « le chaos » en Egypte.

La chanteuse Sherine Abdel-Wahab a diffusé sur Twitter une scène de son dernier concert en Arabie saoudite où son époux affirme au nom du couple: « nous sommes derrière » M. Sissi et l’armée égyptienne.

 

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En mars, cette vedette de la pop, avait pourtant été interdite temporairement d’exercer par le Syndicat des musiciens, favorable au pouvoir, après avoir ironisé sur le manque de liberté d’expression en Egypte. L’année dernière elle avait été condamnée à six mois de prison, puis acquittée en appel, pour avoir dénigré le Nil. Elle avait entre-temps présenté ses excuses.

Après les manifestations de vendredi, des universitaires ayant critiqué ouvertement le régime de M. Sissi sur Twitter et Facebook ont été arrêtés mardi soir, dans une vague d’interpellation de plus d’un millier de personnes dont des avocats, des défenseurs des droits humains et des journalistes.

Mais en Espagne, M. Aly a continué à diffuser ses clips appelant les Egyptiens à descendre massivement dans les rues vendredi.