Niger: des dizaines de migrants, dont plusieurs bébés, morts dans le désert

67
(c)AFP

Ces migrants subsahariens étaient en route vers la Libye voisine et probablement l’Europe, lorsque leur véhicule est tombé en panne dans la région d’Agadez, au nord du pays. Ils sont morts de soif.

Ils sont «morts de soif car leur véhicule est tombé en panne», selon une source sécuritaire interrogée par l’AFP. Au moins 44 migrants ont été retrouvés morts jeudi en plein désert dans la région d’Agadez, dans le nord du Niger. D’après des sources locale et humanitaire, ces migrants étaient en route vers la Libye voisine et probablement l’Europe.

Parmi les victimes figure des bébés et des femmes, ajoute la même source. «Il y a eu six survivants qui ont été secourus par l’armée au cœur du désert, près d’Achegour sur l’axe menant de Bilma à Dirkou en direction de la Libye», a précisé le maire d’Agadez, Rhissa Feltou. Une source humanitaire a précisé que ce sont ces survivants dont «cinq Ghanéens et une Nigériane» qui «ont alerté les autorités d’Agadez sur la présence des 44 cadavres de leurs compagnons de voyage».

Trafic d’êtres humains

La ville d’Agadez est une plaque tournante du trafic d’être humains voulant rejoindre l’Europe. En 2015, le Niger a voté une loi très sévère afin de lutter contre les trafiquants. Leurs crimes sont désormais passibles de peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison. Cette loi a diminué de manière conséquente le trafic. Mais au début du mois de mai, huit migrants nigériens, dont cinq enfants, ont été retrouvés morts dans le désert nigérien. Ces derniers tentaient de se rendre en Algérie voisine, devenue une destination privilégiée.

À la mi-mai, quarante migrants ouest-africains, abandonnés par leur passeur, avaient été secourus par l’armée en plein désert du nord du Niger. «Vous êtes en danger permanent. Ce désert est plein de corps. Chaque fois, on trouve des corps qu’on enterre», leur avait lancé le ministre de l’Intérieur Mohamed Bazoum lors d’une tournée de sensibilisation sur les dangers d’une telle équipée aux mains de passeurs. Selon le ministre, «sept corps de migrants morts depuis deux ans» avaient été d’ailleurs «découverts» dans le désert au moment de sa tournée.

Dix-sept mille migrants

Après ce nouveau drame, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a fait part de son «choc» dans un communiqué, précisant qu’environ 17.000 migrants et réfugiés ont traversé la Libye depuis le Niger depuis janvier 2017. «Il est tout à fait clair que les passeurs ont tendance à exploiter les réfugiés et migrants désesperés», peut-on lire dans ce texte. Le programme de l’ONU a enfin appelé à trouver des «solutions crédibles à ces passages dangereux» pour que ces personnes puissent atteindre l’Europe de manière sûre.

En 2015, William Lacy Swing, directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), estimait que «le Sahara pourrait bien être aussi meurtrier que la mer Méditerranée pour cette vague de migrations.» Le blog italien Fortress Europe estimait ainsi à que 1790 migrants avaient perdu la vie dans le Sahara entre 1996 et 2014. Selon une enquête de Voice of America, les Subsahariens représenteraient15% du flot de migrants entré en Europe en 2015.

 

Par Etienne Jacob avec AFP