Dieudonné condamné à deux ans de prison ferme

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L’humoriste controversé a été condamné à deux ans de prison ferme. Il était notamment accusé d’avoir détourné plus d’un million d’euros de recettes non comptabilisées de ses spectacles.

Le polémiste Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamné vendredi à Paris à trois ans de prison dont un avec sursis, et 200.000 euros d’amende. Poursuivi pour fraude fiscale, blanchiment ou encore abus de biens sociaux, il était notamment accusé d’avoir détourné plus d’un million d’euros de recettes non comptabilisées de ses spectacles.

Par ailleurs, le tribunal correctionnel de Paris a condamné sa compagne Noémie Montagne, en tant que gérante de droit de leur société des Productions de la plume, à 18 mois d’emprisonnement avec sursis notamment pour fraude à la TVA et abus de biens sociaux aux dépens de cette société. Et les Productions de la plume ont été condamnées à 50.000 euros d’amende pour soustraction au paiement de la TVA.

«Procès politique»

Le 3 avril dernier, lors de son procès, les deux procureurs avaient estimé que la culpabilité des prévenus ne faisait «aucun doute». Il était reproché au couple d’avoir caché d’importantes sommes au fisc, alors même que l’humoriste controversé se déclarait insolvable. Des investigations avaient découvert qu’entre 2009 et 2014, ils avaient envoyé plus de 660.000 euros à des proches, principalement au Cameroun. Par ailleurs, près de 650.000 euros avaient été retrouvés en liquide à son domicile. L’intéressait estimait lui que ces sommes correspondaient à des dons familiaux et à l’argent récolté lors de ses spectacles. L’accusation pensait plutôt qu’avait été mise en place une double comptabilité, l’une officielle, l’autre officieuse, lors des représentations au Théâtre de la Main d’or, et que le polémiste n’était pas un «artiste bohème déconnecté» des chiffres, mais bien le gérant de fait de sa société.

Le ministère public avait ainsi réclamé trois ans de prison dont 18 mois avec sursis, 285.000 euros d’amende et l’interdiction de gérer une société pendant cinq ans à l’encontre de Dieudonné M’Bala M’Bala. Il avait requis 18 mois avec sursis contre sa compagne, Noémie Montagne. Enfin, 400.000 euros d’amende avaient été réclamés à l’encontre des Productions de la plume. Les deux procureurs avaient dénoncé le «positionnement victimaire» des prévenus et balayé l’argument du «procès politique», dénoncé par les prévenus: «Nous requérons sans crainte et n’avons reçu aucune consigne», avait ainsi tonné l’un d’entre eux.

C’était justement le principal argument de la défense: imposer l’idée de l’impossibilité de juger Dieudonné. «Vous n’avez pas le choix, vous allez le condamner!», avait ainsi lancé aux juges Me Sanjay Mirabeau, provocateur. Pour le conseil de l’humoriste, ce procès n’était que «l’épilogue d’une époque», celle d’un Manuel Valls ministre de l’Intérieur, qui avait déclaré la guerre au polémiste. Avec son confrère Me De Stefano, ils s’étaient tout deux employés à discuter des heures durant d’une myriade de recours et de questions de procédures, réduisant le temps consacré à l’examen des faits à la portion congrue. Et lorsque venait ce temps, la défense asphyxiait une nouvelle fois les débats par l’opposition systématique du «droit au silence» face aux questions des magistrats.