La cause de l’incendie de Londres connue?

131
©AFP

Les pompiers continuaient d’explorer jeudi la tour de logements sociaux dévastée par le feu à Londres à la recherche de nombreux résidents portés disparus, tandis que la polémique enflait sur le revêtement utilisé pour la rénover récemment.

Au moins douze personnes ont trouvé la mort et 78 autres ont été blessées dans ce gigantesque incendie qui a embrasé dans la nuit de mardi à mercredi la tour de 24 étages, située dans le nord-ouest de Londres. Mais le bilan est loin d’être définitif, selon les services de secours qui peinent à progresser dans le bâtiment très instable.

« Ce serait un miracle de retrouver des vivants », a déclaré la cheffe des pompiers Dany Cotton sur la chaîne SkyNews, soulignant que la violence du feu et la chaleur laissaient peu de chance aux personnes qui n’ont pas pu s’échapper du brasier. Les recherches pourraient prendre des semaines, a-t-elle précisé.

Des familles entières n’ont pas donné signe de vie, certains évoquant des dizaines de personnes toujours portées disparues.

L’origine du sinistre restait inconnue mais la colère montait parmi les résidents qui pointaient des défaillances à répétition dans la gestion de la tour Grenfell, qui comptait 120 appartements et hébergeait quelque 600 personnes dans une enclave populaire du quartier cossu de Kensington.

Le nouveau revêtement de l’immeuble faisait en particulier débat.

Selon la BBC, il incorporait une couche de plastique, ce qui pourrait expliquer la vitesse à laquelle le feu s’est propagé. Le quotidien Guardian écrit que c’est le même revêtement qui a été mis en cause lors d’un incendie « similaire » dans la ville australienne de Melbourne en 2014 qui n’avait pas fait de victime.

Scènes tragiques

Salah Chebiouni, 45 ans, qui a réussi à sortir de l’immeuble à temps, a déclaré à l’AFP que cela sentait « le plastique brûlé » et déploré une rénovation à bas coûts: « Ça ressemblait à du métal. Je pensais qu’ils avaient fait quelque chose de bien. En fait, c’était du plastique ».

La société Rydon, qui a procédé à la rénovation de près de 10 millions d’euros, a affirmé pour sa part qu’elle respectait « tous les contrôles obligatoires en matière de normes incendie et de règles de sécurité ».

La Première ministre Theresa May, qui devait se rendre sur place dans la matinée, a annoncé qu’il y aurait une enquête pour déterminer les causes de cette « tragédie épouvantable ».

L’incendie a donné lieu à des scènes tragiques. Des rescapés ont raconté avoir vu des habitants sauter dans le vide pour échapper aux flammes. D’autres témoins ont vu des parents jeter leurs enfants par la fenêtre pour tenter, dans un geste désespéré, de les sauver.

Adi Estu, 32 ans, évacuée en pyjama de son logement proche de la tour a raconté à l’AFP avoir entendu les habitants de l’immeuble incendié appeler au secours et vu la fumée et les flammes recouvrir le bâtiment. « C’était horrible, horrible. Nous les avons vu mourir, comment oublier ça? ».

 

Le sinistre vient frapper un pays déjà endeuillé par plusieurs attentats et a donné lieu à un mouvement de solidarité avec 480.000 livres (550.000 euros) rassemblés jeudi matin en ligne en faveur des victimes tandis que les dons de vêtements et de nourriture affluaient.

La reine Elizabeth II a adressé « ses pensées et ses prières aux familles qui ont perdu des proches aimés » et aux blessés.

Rapport ignoré

David Collins, président de l’association des résidents de la tour jusqu’en octobre dernier, affirme qu’il avait réclamé à la municipalité, en vain, une enquête sur la sécurité de la tour.

« 90% des résidents ont signé une pétition fin 2015 se plaignant de la mauvaise gestion de l’entreprise responsable de la maintenance de l’immeuble », a-t-il souligné.

« Si les mêmes problèmes avaient été signalés dans un coin riche de Kensington et de Chelsea (quartiers cossus de Londres, ndlr), on y aurait répondu. Mais ici, non. C’est une communauté multiethnique qui n’a jamais été écoutée par les personnes qui la représentent ».

Gavin Barwell, nouveau directeur de cabinet de Theresa May et ancien ministre du logement, est accusé par la presse de s’être assis sur un rapport vieux de plusieurs années sur le risque d’incendie dans des immeubles tels que la tour Grenfell.

Le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn estimait que les mesures d’austérité du gouvernement conservateur avaient leur part de responsabilité: « Si vous privez les autorités locales des financements dont elles ont besoin, c’est le prix à payer ».

Plusieurs rescapés ont également dénoncé qu’on leur ait conseillé de rester confinés dans leur appartement pendant l’incendie. « Si on avait suivi ces conseils on serait morts », a déclaré Nicky Paramasivan à la BBC.

 

Par Antoine Pollez (AFP)