Catalogne: les indépendantistes veulent déferler dans Barcelone

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Les organisateurs espèrent réunir, ce samedi, plus d’un million de Catalans sous le slogan «Libération des prisonniers politiques».

«Une fête nationale pour la liberté»: c’est ainsi qu’a été présentée la manifestation indépendantiste de ce samedi à Barcelone par Agusti Alcoberro et Marcel Mauri, respectivement vice-président de l’Assemblée nationale catalane (ANC) et d’Omnium, les deux principales associations indépendantistes catalanes. Il y aura des discours politiques «mais aussi des groupes musicaux pour redonner de la joie, explique Agusti Alcoberro. Ce que je vois dans les rues de Barcelone, c’est de la tristesse dans une ville qui est d’habitude si joyeuse».

Les organisateurs espèrent obtenir une mobilisation équivalente à celle qui, chaque année depuis 2010, réunit le 11 septembre plus d’un million de personnes pour la Diada, la fête nationale catalane. 574 autobus étaient prévus pour permettre aux Catalans de l’intérieur du pays de participer à la démonstration de force séparatiste. «Ça a été plus compliqué, car nous avons dû préparer la manifestation en 10 jours au lieu de plusieurs mois, précise Agusti Alcoberro. Mais j’ai confiance.»

Omnium et l’ANC comptent sur l’émotion suscitée par les récentes arrestations des leaders catalans. La moitié de l’ex-gouvernement catalan, des députés et la présidente du Parlement sont en prison à Madrid. La justice espagnole leur reproche des faits de rébellion et de sédition. L’ex-président catalan, Carles Puigdemont, est en exil en Belgique avec quatre anciens ministres, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen.

«C’est la démocratie qui est en cause, s’insurge David Altimir, secrétaire de l’association d’enseignants catalans Rosa Sensat, majoritaire. Nous avons la moitié de notre gouvernement en prison et l’autre en exil. Comment aurions-nous pu imaginer qu’en Europe, en 2017, nous connaîtrions le retour des prisonniers politiques.»

Pour donner tout son poids à la principale revendication de la manifestation, «Libération des prisonniers politiques», les familles des présidents emprisonnés de l’ANC et d’Omnium, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, seront, ce samedi, en tête du cortège qui empruntera la Carrer de la Marina jusqu’au port olympique.

«La situation est très difficile en Catalogne», explique au Figaro Agusti Alcoberro. «Entre les prisonniers politiques, les exilés et les 8.000 à 10.000 policiers espagnols présents actuellement en Catalogne, la tension est forte. Un ami libraire me disait hier que les gens sont si préoccupés qu’ils n’achètent plus de livres, vont moins au spectacle. Il y a une ambiance de deuil. Nous allons tenter de redonner de la gaieté à tous. La répression provoque une envie de se rapprocher, de se solidariser. C’est pour cela que je pense que la manifestation sera un succès.»

Le vice-président de l’ANC ne cache pas sa déception face à la réaction de l’Union européenne, qui a apporté son soutien au président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy: «Nous sommes très européens, car l’Europe, c’est la terre de la liberté. Mais nous avons été un peu naïfs en confondant l’Europe avec l’Union européenne, qui est un club d’États qui se soutiennent entre eux et non l’union des peuples européens».

Du côté des anti-indépendantistes, on ne cache pas son agacement. «Il est possible que les manifestants soient nombreux, admet José Rosinol, nouveau président de la Société civile catalane (SCC), la principale association unioniste. Mais quel que soit leur nombre dans les rues, cela ne voudra pas dire qu’ils représentent tous les Catalans. Une majorité d’entre nous est opposée à l’indépendance.» Il déplore les conséquences de la revendication indépendantiste et le climat actuel qui divise la société catalane, les familles «et au sein même des entreprises». Il dénonce le manichéisme du discours indépendantiste. «Ici désormais, si vous ne vous déclarez pas pour l’indépendance, on vous traite de franquiste. Même le chanteur Manuel Serrat a été insulté parce qu’il a eu le malheur d’exprimer ses doutes sur l’indépendance.»

Pour l’avocate Irene Alvarez, porte-parole de la SCC, les indépendantistes mobilisent en utilisant improprement les mots «prisonniers politiques». «Tout le monde est contre les prisonniers politiques, explique-t-elle. Mais les présidents d’Omnium et de l’ANC, et les ex-ministres catalans ne sont pas des prisonniers politiques car ils sont détenus pour des faits qu’ils ont commis et non pour avoir exprimé une opinion. Amnesty International l’a parfaitement expliqué.»