Bruxelles dévoile son projet de passeport sanitaire pour sauver la saison estivale

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La Commission européenne dévoile mercredi son projet de certificat destiné à faciliter, pour les personnes vaccinées notamment, les voyages au sein de l’UE en prévision des vacances d’été, déjà promis à des discussions épineuses entre les Vingt-Sept.

Ce document, qui sera doté d’un code QR, attestera que son titulaire a été vacciné contre le Covid-19, a passé un test PCR négatif ou est immunisé à la suite de son infection.

Même si les campagnes de vaccination sont toujours à la peine, il est réclamé par les pays européens les plus dépendants du tourisme, Grèce en tête. D’autres Etats en revanche sont plus réticents et refusent notamment des règles contraignantes.

L’initiative doit être présentée à la mi-journée par la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen, ainsi que les commissaires Thierry Breton (Marché intérieur) et Didier Reynders (Justice).

 

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Le certificat pourra être contenu dans un smartphone ou sur un document papier. Il est destiné à « faciliter » la libre circulation dans l’UE mais ne doit pas être une « pré-condition » à cette liberté, selon une version provisoire du texte vue par l’AFP.

Ainsi les personnes non vaccinées, parce qu’elles ne font pas partie des publics prioritaires ou parce qu’elles ne souhaitent pas l’être, doivent pouvoir continuer à voyager, en étant soumises le cas échéant à des mesures comme la quarantaine. Mais un Etat qui imposerait aux titulaires de ce certificat une quarantaine, un test, ou les empêcherait d’entrer sur son territoire devrait justifier de cette décision auprès de Bruxelles.

– Incertitudes –

 

Ce certificat prendra en compte les quatre vaccins contre le Covid-19 autorisés dans l’UE (ceux de Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca/Oxford, et Johnson & Johnson).

« Mais cela n’empêchera pas les Etats membres d’accepter les certificats émis pour d’autres vaccins », selon la version provisoire du texte, ce qui ouvre la voie notamment aux vaccins chinois Sinopharm et russe Spoutnik V, que certains pays de l’UE comme la Hongrie ont adoptés.

Il sera valable dans tous les pays européens. La Commission « travaille pour que ce soit fait avant juin », avait précisé dimanche Thierry Breton, jugeant « primordial » de tout faire « pour préserver la saison touristique ».

Plusieurs pays ont déjà adopté ou annoncé leur intention d’adopter de tels passeports. La Grèce et Chypre ont conclu des accords touristiques avec Israël permettant aux citoyens vaccinés de voyager entre ces pays sans restrictions.

Mais « un accord ne sera pas rapidement trouvé », prévient un diplomate européen. Le certificat est contenu dans une proposition de règlement, qui devra donc être approuvée par les Etats membres et le Parlement européen pour être adoptée.

L’initiative est critiquée par certains comme une prise de pouvoir de l’UE dans le domaine de la santé, qui relève essentiellement de la compétence des Etats membres. Jusqu’à présent l’action de Bruxelles consistait à émettre des recommandations, non contraignantes.

A l’inverse, les partisans d’une Europe de la santé la voient comme un premier pas important.

Le projet soulève aussi des interrogations d’un point de vue scientifique, alors que des incertitudes entourent encore le fait de savoir si des personnes vaccinées peuvent être porteuses du virus de façon asymptomatique et le transmettre.

« Il y a apparemment une réduction dans la transmission mais nous ne savons pas encore jusqu’à quel degré », a souligné mardi Andrea Ammon, la directrice de l’agence européenne chargée des maladies (ECDC), faisant part de ses réserves sur ce projet devant des eurodéputés.

Le porte-parole de la Commission européenne Eric Mamer a reconnu qu’il y avait « des questions qui doivent continuer à être évaluées même si l’on avance ».

Et alors que seule 3,5% de la population européenne -selon un comptage réalisé par l’AFP mercredi à partir de sources officielles- a reçu les deux doses de vaccination nécessaires, Mme Ammon a aussi mis en garde contre le risque de discrimination à l’égard des personnes n’ayant pas accès au vaccin.

La Belgique est réticente à l’idée de conditionner l’entrée dans un pays européen à la présentation d’un passeport, qui équivaudrait à le rendre obligatoire.

Un tel pass est prématuré, juge aussi l’ONG Liberties, qui estime que l’UE devrait plutôt « focaliser ses efforts sur un déploiement rapide et équitable de son programme vaccinal ».

Malgré les retards de livraisons et les suspensions de vaccination avec AstraZeneca décidées par plusieurs pays, Bruxelles maintient son objectif d’une vaccination de 70% des adultes dans l’UE d’ici à la fin de l’été.