Brexit: quatrième démission du gouvernement britannique, la secrétaire d'Etat au Brexit

Dominic Raab. (Photo HO / PRU / AFP)

La Première ministre Theresa May joue désormais sa survie après la démission jeudi de quatre de ses ministres dont celui chargé du Brexit, Dominic Raab, qui s’est dit dans l’incapacité de défendre l’accord de divorce obtenu avec Bruxelles.
Moins de 24 heures après avoir obtenu le soutien de ses ministres, May perd ainsi un poids lourd de son gouvernement. Il a été rejoint par la secrétaire d’Etat du Brexit Suella Braverman. Auparavant, Shailesh Vara le secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, province britannique dont le sort constitue le principal cœur du problème, ainsi que la ministre du Travail Esther McVey avaient également annoncé leur départ.
« Je ne peux soutenir l’accord proposé pour deux raisons », liées notamment au futur statut de l’Irlande du Nord après le Brexit, a expliqué l’eurosceptique Dominic Raab dans sa lettre de démission publiée sur son compte Twitter.
Le compromis prévoit un « filet de sécurité » (« backstop » en anglais), solution de dernier recours prévoyant le maintien de l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE ainsi qu’un alignement réglementaire plus poussé pour l’Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n’était conclu à l’issue d’une période de transition de 21 mois prévue après le Brexit, le 29 mars 2019, et prolongeable une fois.
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« Je pense que le régime réglementaire proposé pour l’Irlande du Nord présente une menace très réelle pour l’intégrité du Royaume-Uni », a expliqué Dominic Raab, qui s’oppose également à un backstop « de durée indéfinie ».
Gouvernement d’unité nationale
L’ex-chef du parti europhobe Nigel Farage, et l’un des principaux artisans de la victoire du oui à la sortie de l’UE lors du référendum de juin 2016, a salué sa défection. « Bravo Dominic Raab, quelques autres (démissions) et nous serons débarrassés de cette hypocrite Première ministre », a-t-il twitté.
La décision de Raab risque en effet de conforter les partisans d’une sortie sans accord avec l’UE, qui selon les médias britanniques sont en train de rassembler leurs forces pour réclamer un vote de défiance contre Theresa May.
La dirigeante doit s’adresser en fin de matinée aux députés britanniques pour tenter de les convaincre de donner leur aval au projet d’accord, qui doit en principe être examiné en décembre par les parlementaires britanniques après avoir été entériné lors d’un sommet européen le 25 novembre à Bruxelles. Une tâche loin d’être gagnée d’avance au vu des divisions qui traversent son Parti conservateur et des sévères réserves exprimées par son allié, le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, dont l’appoint lui est nécessaire pour avoir une majorité absolue.
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La livre sterling a chuté après l’annonce de la démission de Dominic Raab. Vers 10H00 GMT, une livre valait 1,2777 dollar, son plus bas depuis le début du mois, contre 1,2992 dollar mercredi soir vers 22H00 GMT, soit une baisse d’environ 1,5%.
« La démission de Dominic Raab marque la fin du projet d’accord de la Première ministre », a estimé la députée europhile conservatrice Anna Soubry, qui estime que May doit maintenant envisager de partir. « Nous avons besoin d’un gouvernement d’unité nationale, et nous en avons besoin maintenant », a-t-elle ajouté sur Twitter.
Pour le ministre de la Santé Matt Hancock, soutien indéfectible de May, tous les députés doivent au contraire voter le projet d’accord de sortie de près de 600 pages « parce que cet accord est dans l’intérêt national ». Sinon, l’alternative serait une sortie sans accord ou un second référendum synonyme peut-être de ne pas sortir du tout de l’UE, a-t-il mis en garde jeudi sur la BBC.
La veille au soir, lors d’une courte allocution devant Downing Street après une réunion marathon de cinq heures avec ses ministres, May avait également laisser planer la même menace d’un maintien dans l’UE.
« Je pense que le projet d’accord de sortie est le meilleur possible », avait-elle affirmé devant la presse, avant d’ajouter que le choix était clair : soit le soutenir, « soit partir sans accord, soit pas de Brexit du tout ».
Côté européen, le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé jeudi un calendrier serré jusqu’à la tenue d’un sommet le dimanche 25 novembre pour signer le texte. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cet adieu soit le moins douloureux possible », a-t-il déclaré.
Parallèlement, la Commission devait continuer de discuter avec le Royaume-Uni de la déclaration politique sur la future relation entre Londres et l’UE qui doit accompagner l’accord de retrait.