Brésil: un jugement qui pourrait libérer Lula entre dans sa phase décisive

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Luiz Inacio Lula da Silva. Crédits: AFP.

Les juges de la Cour suprême du Brésil appelés à prendre une décision qui pourrait aboutir à libération de l’ex-président Lula ont commencé à exprimer leurs votes mercredi, entrant dans la phase décisive de ce jugement très attendu.

Ce jugement débuté la semaine dernière porte sur le maintien ou non d’une jurisprudence selon laquelle une personne peut être emprisonnée avant l’épuisement de tous ses recours si sa condamnation a été confirmée en appel.

Luiz Inacio Lula da Silva, 73 ans, est dans ce cas de figure: il purge depuis avril 2018 une peine de 8 ans et 10 mois de réclusion pour corruption, même s’il dispose encore de recours vers des tribunaux supérieurs.

Si la Cour suprême décide que tout condamné peut rester en liberté tant que tous ses recours ne sont pas épuisés, l’ex-président de gauche (2003-2010) pourrait être libéré, au même titre que de nombreux autres détenus.

Les 11 juges de la plus haute juridiction du pays doivent exprimer un à un leur vote, lors d’une longue argumentation retransmise en direct à la télévision qui devrait se terminer jeudi.

Mercredi matin, le rapporteur de ce jugement, Marco Aurélio Mello, a voté en faveur de la fin de l’emprisonnement dès le rejet d’un premier appel.

Considérant que la constitution est garante de la présomption d’innocence, le magistrat a affirmé que « personne ne peut être considéré coupable avant l’épuisement de tous les recours ».

Prisonnier le plus célèbre du Brésil, Lula est souvent considéré comme un « trophée » des procureurs de l’opération « Lavage-express », enquête anticorruption tentaculaire qui a fait trembler l’ensemble de la classe politique brésilienne.

Accusé d’avoir reçu un appartement en bord de mer pour avoir favorisé une entreprise de bâtiment dans l’attribution de marchés publics, l’ex-président n’a cessé de clamer son innocence, se disant victime d’un complot pour l’empêcher de revenir au pouvoir.

Il a été condamné en première instance en 2017 par l’ex-juge anticorruption Sergio Moro, devenu en janvier ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui a remporté en octobre une élection dont Lula était le favori avant d’être déclaré inéligible.

De quoi mettre en doute selon les avocats de Lula l’impartialité de l’ancien magistrat, un sentiment renforcé par les révélations explosives de The Intercept Brasil.

Ce site d’investigation a commencé à publier en juin des échanges de messages montrant une connivence entre Sergio Moro et les procureurs de l’opération « Lavage express ».

La Cour suprême pourrait également juger dans les prochaines semaines un recours des avocats de l’ex-président réclamant l’annulation de sa condamnation si la partialité du juge Moro était avérée.