Boycott: des musulmans de France inquiets d’une « surenchère »

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Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). DR

L’appel au boycott de produits français au nom de la défense de l’islam, lancé dimanche dans plusieurs pays du monde arabo-islamique, fait redouter à la communauté musulmane de France une « surenchère », dans un climat politique, religieux et identitaire perçu comme pesant.

Premier officiel à rompre le silence, Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), principal interlocuteur des pouvoirs publics français sur l’islam, a appelé lundi les musulmans de l’Hexagone à « défendre l’intérêt » de la France.

« Nous savons que les promoteurs de ces campagnes disent défendre l’islam, et les musulmans de France, nous les appelons à la sagesse (…), toutes les campagnes de dénigrement de la France sont contreproductives et créent de la division », a déclaré à l’AFP M. Moussaoui.

« La France est un grand pays, les citoyens musulmans ne sont pas persécutés, ils construisent librement leurs mosquées et pratiquent librement leur culte », a-t-il tenu à mettre au point.

Le discours prononcé par le président Emmanuel Macron lors de l’hommage national rendu la semaine dernière à un professeur décapité dans un attentat islamiste le 16 octobre pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves a suscité de la colère dans le monde musulman.

Une prise de parole s’inscrivant dans une vague d’attentats jihadistes sans précédent, amorcée en 2015 en France, qui a fait 259 morts.

– Laïcité « difficile à expliquer » –

Emmanuel Macron a notamment promis que la France continuerait de défendre la publication de ces caricatures, au nom de la liberté d’expression.

Fer de lance de la fronde antifrançaise, son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a appelé lundi au boycott des produits tricolores, après avoir mis en cause la « santé mentale » de M. Macron à deux reprises pendant le week-end.

Les signes de tensions provoqués par les islamistes sont réguliers en France, déclenchant une réplique des autorités pour préserver les valeurs laïques de la République. Une réplique elle-même dénoncée par certains organismes musulmans comme « islamophobe ».

« La laïcité à la française reste très difficile à expliquer dans le monde arabe et musulman, avec des retours fréquents d’interlocuteurs qui nous demandent si on est pas martyrisés dans notre pays et des organisations qui font tout pour faire croire que les musulmans ne se sentent pas bien dans ce pays », note Mohammed Colin, éditorialiste et cofondateur du site communautaire Saphir News.

« On trouve ce boycott complètement injustifié vis-à-vis de la situation de musulmans de France qui vivent bien dans ce pays, et qu’une immense majorité des musulmans comprennent la démarche sécuritaire, sur des enjeux de terrorisme qui touchent tout le monde, y compris les musulmans », ajoute-t-il.

– « Pas la France universaliste » –

Ismaïl Mounir, prédicateur musulman à succès aux 250.000 abonnés sur les réseaux sociaux, exprime également une méfiance vis-à-vis de toute injonction étrangère dans la structuration, en pleine mutation, du culte musulman en France.

 

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« Le fait de surenchérir et de passer au boycott est en train d’accroître les tensions, alors que cela serait dans notre intérêt à nous, pour les musulmans et tous les Français, de désamorcer cette crise », dit-il à l’AFP.

Mais pour d’autre voix influentes de la communauté musulmane de France, notamment sur les réseaux sociaux, la multiplication des injonctions à embrasser une laïcité à la française, notamment au travers du projet de loi contre le séparatisme, ou la mise en avant des caricatures de Mahomet comme pilier de la liberté d’expression, franchissent une ligne rouge.

« Le climat est très anxiogène, on ne peut plus s’en cacher, on sent qu’un glissement a commencé: on a commencé par parler de terrorisme, puis d’islamisme et maintenant d’islam. Ce n’est pas la France universaliste ça, ce n’est pas la promesse républicaine », s’insurge Ali, un acteur associatif qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

« Qui dit exclusion dit recroquevillement. Ce ressenti peut-être malheureusement bien plus fort que toute réalité sociologique sur l’état véritable de l’intégration des musulmans dans ce pays », avertit-il.