Bourita: “Aucune présence militaire marocaine" au Gabon

à 10:30

Les autorités gabonaises se sont félicité mardi du "professionnalisme" des forces de sécurité, au lendemain d'une tentative ratée de coup d'Etat au Gabon, pays dont le président, malade, est absent depuis deux mois et demi et où le gouvernement n'assure plus que les affaires courantes.

Mardi après-midi, le Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet, plusieurs membres du gouvernement, et des hauts gradés, se sont rendus à la Radio télévision gabonaise (RTG), théâtre de la tentative de putsch lundi, lors d'une visite ministérielle en présence de la presse.

Sang séché au sol, vitres cassées, impacts de balles: la RTG avait gardé mardi les traces de l'assaut des forces de sécurité. Tout un bâtiment que Issoze Ngondet a promis de "réparer".

Lundi matin à l'aube, une dizaine de militaires de la Garde républicaine (GR) ont tenté un coup de force en appelant sur les ondes de la RTG au soulèvement pour "sauver le pays du chaos".

"C'est là que ça (la tentative de putsch) s'est passée", a expliqué un journaliste de la RTG au Premier ministre, dans le studio d'enregistrement.

Deux des putschistes - un membre de la GR et un gendarme s'étant rallié spontanément au mouvement - ont été tués par les forces de sécurité.

Le chef du commando a été arrêté et, avec d'autres putschistes arrêtés, a été mis à la disposition du procureur de la République.

 

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Cette tentative de putsch - condamnée unanimement par l'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne et de nombreux pays africains - est quasi-inédite au Gabon, petit pays pétrolier d'Afrique centrale d'1,8 million d'habitants réputé stable.

Elle s'est déroulée en l'absence du président Ali Bongo Ondimba, qui se trouve hors du pays depuis deux mois et demi.

Victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) le 24 octobre en Arabie saoudite, M. Bongo, âgé de 59 ans et dont la famille est au pouvoir depuis 1967, a été transféré au Maroc, où il poursuit depuis sa convalescence.

Sa date de retour au Gabon est inconnue.

Contacté au téléphone par l'AFP, le parti de Jean Ping, l'un des principaux opposants gabonais et candidat malheureux à la présidentielle de 2016, a "condamné" mardi la tentative de coup d'Etat, se disant "pacifiste".

"Il reste que la situation est très préoccupante (...), il y a un malaise profond qui s'est exprimé", a estimé Clay Martial Obame, porte-parole de la Coalition pour la nouvelle république (CNR), créee par Jean Ping.

Alexandre-Barro Chambrier, un des leaders de l'opposition, a lui soulevé en conférence de presse mardi des "interrogations" qui planent sur cette tentative de putsch: "Quels sont les ressorts cachés de cette entreprise? Qui en sont les véritables commanditaires et quelle est l'étendue des complicités? A qui profite cette situation?".

Un nombre conséquent de forces de sécurité avait été déployé dans la capitale lundi et, dans la nuit de lundi à mardi, des blindés de l'armée patrouillaient en ville.

Mardi, les forces de sécurité étaient moins visibles, et le calme était revenu à Libreville, où les commerces avaient réouvert et l'activité reprenait. Internet, coupé lundi matin, a été rétabli à la mi-journée.

 

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Cette tentative de putsch intervient après plusieurs semaines d'interrogation et rumeurs, depuis l'hospitalisation du président Bongo fin octobre.

Au Gabon, royaume de la "kongossa" - rumeur, en argot local -, la communication mutique des autorités sur l'état de santé d'Ali Bongo, au pouvoir depuis 2009, n'a fait qu'alimenter les ragots.

Dans la presse, les commentaires sur des "tensions internes" présumées entre proches du président - entre son directeur de cabinet, Brice Laccruche Alihanga, et le chef des services de renseignement, Frédéric Bongo - ont été nombreux.

Début novembre, un journal d'opposition - interdit depuis pour cette "une" - avait titré: "Le Gabon en (très dangereux) pilotage automatique". Début décembre, un autre: "Les militaires vont-ils prendre le pouvoir?"

D'autres spéculations, dans certains médias, ont fait état de la présence de militaires marocains à Libreville, du fait de la présence en villégiature au Gabon du roi Mohammed VI.

Rabat, exprimant son "étonnement" face à ces rumeurs, a assuré qu'il n'y a "aucune présence militaire marocaine" au Gabon, selon le ministre des affaires étrangères, Nasser Bourita.