Bosnie: perpétuité pour Karadzic, soulagement des veuves de Srebrenica

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Radovan Karadzic. DR

L’ex-président des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été condamné mercredi en appel à la prison à perpétuité par la justice internationale, après avoir été initialement condamné à purger 40 ans de prison pour génocide et crimes de guerre.

Les juges du tribunal de l’ONU à la Haye ont condamné Karadzic « à la prison à vie », rejetant son appel contre une décision précédente rendue par la justice internationale en 2016 pour des atrocités commises durant le conflit en Bosnie (1992-1995), dont celles perpétrées à Srebrenica, dans l’est du pays, a déclaré le juge, Vagn Joensen.

Les veuves ont suivi depuis le mémorial la longue lecture du verdict en appel contre Radovan Karadzic, à quelques mètres des tombes de leurs proches: à l’annonce de la peine à perpétuité, les veuves de Srebrenica ont applaudi et prié.

Une vingtaine de ces femmes, parfois accompagnées de proches, n’attendaient rien d’autre qu’une confirmation que l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie durant la guerre inter-communautaire (1992-95) ne recouvrerait jamais la liberté.

« Mon espoir et ma seule pensée, c’est que (Karadzic) soit condamné à perpétuité pour avoir ordonné et fait tout cela avec Mladic et (Slobodan) Milosevic », l’homme fort de Belgrade, disait avant le verdict Hajrija Oric, 63 ans.

Elle montre des photographies de son mari Sahin et de son fils Elvir, qui étaient parmi les 8.000 hommes et adolescents exécutés, en juillet 1995, par les forces serbes de Bosnie de Ratko Mladic, qui venaient de prendre l’enclave de Srebrenica.

 

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Chantre de l’épuration ethnique, Karadzic avait fait appel des 40 ans de prison prononcés en 2016 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. La peine a été aggravée. Mladic a été condamné à la perpétuité à l’automne 2017 tandis que Milosevic est mort en détention à La Haye en 2006.

Hajrija Oric explique se sentir favorisée car les restes de ses proches ont été identifiés et reposent au mémorial de Potocari, tout près de Srebrenica, où chaque année, de nouveaux corps sont inhumés.

– Combattre le déni –

La tuerie de Srebrenica, considérée comme un acte de génocide par la justice internationale, est l’une des atrocités dont a été reconnu coupable Karadzic. Son « intention génocidaire » a de nouveau été reconnue par la justice.

« Ce verdict arrive très tard, mais c’est un jour très important pour nous à cause du déni qui prend de l’ampleur », dit Nedzad Avdic, un survivant âgé de 40 ans, dont le père a été tué dans le massacre.

Il vit à Srebrenica et s’indigne que des Serbes remettent en question la réalité du massacre ou son caractère génocidaire.

« Personne ne peut nous dire que ce n’est pas la vérité », s’indigne Hajrija Oric, à quelques mètres des plus de 8.000 tombes.

Comme elle, plusieurs veuves, mères éplorées et sœurs étaient venues à Potocari, prononçant une prière devant la pierre blanche marquée de l’inscription « Srebrenica 1995 » avant de se recueillir sur une des tombes dans l’attente du verdict.

« On va chez nos enfants », a dit l’une d’elles en se dirigeant vers l’alignement de pierres tombales.

 

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Mais le verdict contre Radovan Karadzic ne convaincra sans doute pas la plupart des Serbes orthodoxes, qui représentent un tiers des citoyens de Bosnie, pour environ une moitié de Bosniaques musulmans et 15% de Croates catholiques.

Pour beaucoup des membres de sa communauté, en Bosnie comme en Serbie, il reste un « héros » qui a protégé son peuple.

Actuel coprésident de Bosnie (poste qu’il partage avec un Croate et un Bosniaque), le nationaliste Milorad Dodik s’est dit convaincu mardi que Karadzic n’avait jamais décidé de s’en prendre à des civils.

« Personnellement, je ne crois pas à la légitimité de ce tribunal (international de La Haye). Il n’a pas rempli sa mission qui était de bâtir par ses verdicts une base à la réconciliation », a estimé le responsable avant même le verdict.