Boeing-Bombardier: lutte ouverte entre les États-Unis et le Canada

318
Crédit: DR

Washington a décidé mercredi d’imposer des droits antidumping de 220% sur certains avions du constructeur canadien. Les deux pays sont en lutte ouverte sur ce conflit commercial qui glisse vers une opposition diplomatique.

Les autorités américaines ont décidé mardi soir de frapper de droits antidumping de 220% les avions de transport civil CSeries de Bombardier suite à la plainte de la multinationale américaine Boeing accusant le constructeur canadien de percevoir des subventions publiques et de vendre à perte. «Évidemment c’est une décision décevante, mais comme j’ai toujours dit, on va toujours se battre pour les emplois canadiens», a déclaré le Premier ministre canadien Justin Trudeau mercredi.

Mardi, il avait dénoncé «des mesures protectionnistes et sans fondement de Boeing» et avait précisé que le gouvernement canadien ne souhaite pas «faire affaire avec une compagnie qui est en train de nous attaquer et qui veut mettre à pied des dizaines de milliers d’emplois canadiens».

Le Premier ministre du Québec, province où sont assemblés les avions de 100 à 150 places, a clairement appelé mercredi le gouvernement fédéral a prendre des mesures de rétorsion. «Je demande au fédéral et au Premier ministre Justin Trudeau de garder une ligne très dure» face aux autorités américaines, a déclaré Philippe Couillard, chef du gouvernement de la province francophone. «Pas un boulon, pas une pièce, pas un avion venant de Boeing au Canada tant que ce conflit n’est pas réglé de façon juste», a martelé Philippe Couillard lors d’une conférence de presse. «La guerre n’est pas terminée et nous allons la gagner (…) Nous allons continuer à assembler cet avion et à en vendre partout sur la planète en travaillant avec de véritables partenaires», a également assuré le chef du gouvernement provincial.

Le gouvernement québécois a investi un milliard de dollars américains (853 millions d’euros) dans les avions CSeries au cours des dernières années, mais assure qu’il ne s’agit pas de subventions. La mise en place des taxes antidumping triplerait le prix de vente des avions CSeries, limitant leur attractivité sur le marché américain et suscitant des condamnations unanimes au Canada, dont des milliers d’emplois dépendent de Bombardier.

«Étouffer la concurrence»

«Notre gouvernement ne peut pas avoir de relations cordiales, de relations normales avec une compagnie comme Boeing qui essaie de détruire notre secteur aérospatial», a réagi la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland. Pour elle, ces sanctions sont contre-productives puisque 23.000 emplois aux États-Unis dépendent des activités de Bombardier.

L’annonce des droits antidumping survient alors que la troisième séance de renégociations du traité de libre-échange entre le Mexique, le Canada et les États-Unis (Aléna) est sur le point de s’achever à Ottawa. Les relations commerciales entre le Canada et son voisin s’étaient déjà refroidies avec l’annonce de taxes à l’importation du bois de construction canadien aux États-Unis ou les assurances du président Donald Trump de s’attaquer aux producteurs laitiers pour protéger les fermiers de quelques États américains.

Theresa May «amèrement déçue»

La Première ministre britannique Theresa May s’est dite «amèrement déçue par la décision préliminaire sur Bombardier», précisant que son gouvernement allait «travailler avec l’entreprise pour protéger des emplois essentiels pour l’Irlande du Nord.» Bombardier est l’un des premiers employeurs en Irlande du Nord, où sont fabriquées plusieurs pièces des avions Cseries. Parmi les 8.000 personnes dépendant de ses opérations dans le pays, 4.200 sont affectées aux activités aéronautiques du groupe.

«L’ampleur des droits suggérés est absurde et déconnectée de la réalité» avait réagi Bombardier peu après l’annonce des droits antidumping infligés à ses avions. «Les lois américaines du commerce n’ont jamais été conçues pour être appliquées de cette manière et Boeing tente d’utiliser un processus biaisé pour étouffer la concurrence et priver les compagnies aériennes américaines et leurs passagers des bénéfices des avions CSeries.»