Avion ukrainien abattu: indignation en Iran, le chef des Gardiens témoigne au Parlement

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Le chef des Gardiens de la Révolution a témoigné devant le Parlement iranien dimanche, au lendemain de la reconnaissance par l’Iran de sa responsabilité dans le drame du Boeing ukrainien abattu par erreur près de Téhéran, qui suscite l’indignation dans le pays.

Cette comparution intervient au lendemain de la dispersion par la police d’un rassemblement d’étudiants ayant scandé des slogans contre les autorités et de la brève interpellation de l’ambassadeur britannique en Iran, Rob Macaire, peu après qu’il eut quitté les lieux du rassemblement annoncé comme une veillée pour les victimes du crash.

L’Iran a reconnu samedi sa responsabilité dans la catastrophe (176 morts, en majorité des Iraniens et des Canadiens, dont beaucoup de binationaux et d’étudiants) après les dénégations opposées jusque-là par les autorités à la thèse du missile, avancée dès mercredi soir par Ottawa.

Le chef des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique d’Iran, Hossein Salami, a témoigné devant le Parlement à huis clos et reconnu, comme l’ont fait les forces armées, que l’avion avait été abattu mercredi « par erreur » à l’aide d’un missile.

Les dirigeants de plusieurs pays, notamment le Premier ministre canadien Justin Trudeau, ont salué cette avancée mais appelé à une enquête complète et transparente.

D’après l’agence de presse semi-officielle Isna, le général de division Salami devait aussi parler de l’assassinat du général Qassem Soleimani, chef des opérations extérieures des Gardiens, par un tir de drone américain, le 3 janvier à Bagdad.

L’Iran a riposté mercredi en tirant des missiles sur des bases en Irak où sont stationnées des troupes américaines, peu avant la tragédie du Boeing ukrainien.

Dans ce contexte de tensions accrues entre Téhéran et Washington, ennemis jurés, l’émir du Qatar –allié des Etats-Unis et proche de l’Iran–, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, effectue une visite à Téhéran.

A la suite de l’intervention du général Salami, le chef du Parlement Ali Larijani a demandé aux commissions parlementaires chargées de la sécurité et de la politique étrangère d’examiner ce « grave incident » et d’étudier les manières d’éviter ce genre de catastrophe à l’avenir, selon Isna.

– Slogans « antirégime » –

Dimanche après-midi, des unités de police antiémeute équipées de canons à eaux et armées de matraques étaient déployées en masse près de trois universités, dans le centre de la capitale, selon des journalistes de l’AFP.

La police s’est aussi déployée autour de la place Azadi, dont l’accès a été bloqué aux piétons, et une cinquantaine de Bassidji (volontaires islamistes) armés de pistolet de paintball ont été vus aux abords de l’Université Amir Kabir, d’où était partie la manifestation dispersée samedi.

Le président américain Donald Trump a mis en garde Téhéran contre « un autre massacre de manifestants pacifiques », en référence au mouvement de contestation en Iran de novembre, violemment réprimé selon l’ONG Amnesty International.

Selon des journalistes de l’AFP, le rassemblement de samedi, initialement une veillée à la mémoire du drame d’Ukraine Airlines, s’est transformé en manifestation de colère. L’ambassadeur britannique en Iran a lui nié avoir pris part à la moindre manifestation contre les autorités comme l’ont rapporté certains médias iraniens.

« Je n’ai pris part à aucune manifestation (…) J’ai quitté les lieux après cinq minutes quand certains ont commencé à lancer des slogans » contre les autorités, a assuré l’ambassadeur sur Twitter.

Des étudiants ont scandé des slogans « antirégime », selon la télévision d’Etat, et la foule a réclamé des poursuites contre les responsables du drame et « les menteurs » qui ont selon eux tenté de le couvrir.

– « Démissionnez » –

« L’arrestation de notre ambassadeur à Téhéran sans fondement ou explication est une violation flagrante de la législation internationale », a déclaré dans la nuit le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab.

Selon le Daily Mail, quotidien britannique, l’ambassadeur a été arrêté pour avoir prétendument « incité » les manifestants à Téhéran qui exprimaient leur colère à l’égard des autorités. Il a été relâché environ une heure après, selon la même source.

M. Raab a estimé que l’Iran devait choisir entre « sa marche vers un statut de paria » ou « prendre des mesures pour la désescalade et pour s’engager sur le chemin diplomatique ».

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a critiqué Téhéran après l’interpellation et appelé à la « désescalade » dans un tweet.

Dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères français a réagi, disant « attendre des autorités iraniennes qu’elles respectent toutes leurs obligations prévues par le droit international ».

Dimanche, les journaux iraniens ont rendu hommage aux personnes tuées lors du crash. « Excusez-vous, Démissionnez », a titré le quotidien réformiste Etemad.

« Impardonnable », a écrit Iran, le journal progouvernemental.

L’ultraconservateur Kayhan a lui fait sa une sur l’ordre donné aux forces armées par le guide suprême d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, de remédier à toute « négligence ».

« De profondes excuses pour une erreur douloureuse », a écrit Javan, journal proche des Gardiens de la Révolution.