Aux portes de Paris, le deal à ciel ouvert, des tirs et des habitants "abandonnés"

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AFP PHOTO / Tiphaine LE LIBOUX
« 308 Noire CD… » « Mondéo Bleu nuit EC… » A l’entrée de la cité, un tag recense les voitures de police pour les guetteurs. Bienvenue à La Capsulerie, à Bagnolet. A deux stations de métro de Paris, le quartier est gangréné par le deal et les habitants se sentent « abandonnés ».
Comme se sentent oubliées de nombreuses banlieues populaires françaises conjugant problèmes économiques, sociaux, éducatifs et vivant dans « une forme de relégation », selon un rapport remis jeudi au gouvernement français. Le président Emmanuel Macron doit annoncer courant mai un plan de mobilisation pour les quartiers prioritaires.
A Bagnolet, une dizaine de membres des forces de l’ordre ont été déployés en renfort le 25 avril, après une flambée de violence. Trois hommes connus de la police ont été blessés par balles ces deux dernières semaines. Des voitures ont été incendiées.
« Tout laisse à penser qu’il s’agit de règlements de comptes liés au point de deal », l’un des principaux du département, estime une source proche de l’enquête. Le risque de « surenchère » inquiète élus et habitants. Ils pressent les autorités d’agir avant un « mort » ou une « balle perdue ».
La présence des forces de l’ordre n’empêche pas le trafic. A peine ont-elles tourné le dos, que les guetteurs reprennent leur poste, comme les acheteurs.
« Si vous cherchez du cannabis, c’est simple », raconte un habitant. « Dès que vous sortez du métro, un rabatteur vous prend en charge, il vous guide jusqu’à la cité, vous donnez votre argent et vous attendez, au pied de cette tour, qu’on vous l’apporte. »
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A l’endroit désigné, une vingtaine de personnes patientent, les yeux sur leur smartphone. Hommes et femmes, jeunes et vieux. Certains en veste et chemise, d’autres en tee-shirts. « Les clients viennent de toute la région parisienne, de tous les milieux », explique une source policière.
Le « four » (point de vente) est ouvert de midi à minuit. On y vend essentiellement du cannabis, pour un chiffre d’affaire quotidien estimé à plusieurs milliers d’euros. Les acheteurs défilent, au vu de tous. Parfois, « la file d’attente va jusqu’à l’entrée de la cité », raconte une habitante, autour d’un café avec deux voisines.
Elle qui vit là depuis plus de 40 ans estime que la situation a commencé à se dégrader il y a sept ans. Jusque-là, le trafic se pratiquait à petite échelle « dans les appartements ». « Il y avait une bonne ambiance dans le quartier, aux portes de Paris et pas cher ».
Mais l’emplacement, à 400 mètres du métro, au pied du périphérique, de l’autoroute et d’une gare routière, a aussi plu aux dealers, qui ont peu à peu pris possession de la cité.
« plus d’issue » 
Des guetteurs surveillent les allées et venues, dévisagent les passants. « A un moment, ils nous demandait notre carte d’identité pour entrer dans les immeubles », racontent les trois voisines.
Comme elles, tous les habitants rencontrés décrivent une ambiance « pesante ». Un gardien raconte avoir été surveillé pendant deux mois à son arrivée par quelqu’un posté devant sa loge : « Il me suivait quand je sortais ».
A l’entrée de la cité, un jeune en jogging garde un oeil sur un mur. Une dizaine de plaques d’immatriculation y ont été taguées : « celles des voitures de police banalisées. Quand il en voit une, il alerte les vendeurs », décrypte un membre de « Retrouvons notre dignité », une association d’habitants qui milite contre le trafic.
Devant la maison de quartier, où un impact de balle est encore visible, Alexis Corbière, le député LFI (gauche radicale) explique avoir demandé, avec le maire socialiste Tony Di Martino, des renforts policiers supplémentaires. L’association d’habitants et plusieurs élus réclament aussi, depuis des années, l’ouverture d’un commissariat de plein exercice.
Contactée, la préfecture dit avoir pris en compte la « situation de violence » et assure qu’une présence policière renforcée sera maintenue « jusqu’à nouvel ordre ».
Mais les habitants craignent que cela ne suffise pas: « le quartier a été abandonné, on a laissé le trafic s’installer. Aujourd’hui, il est là, en permanence. On ne voit plus d’issue. »