Analyse. Comment, en un mois, la situation a dégénéré dans le Golfe

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Drone abattu, tankers torpillés… la multiplication des incidents entre Washington et Téhéran fait craindre un embrasement de la région. Retour sur une escalade en trois actes.

Depuis une semaine, la multiplication des incidents dans la région du Golfe fait craindre qu’une étincelle ne mette le feu aux poudres. Ces tensions interviennent après que l’Administration Trump a inscrit en avril les Gardiens de la Révolution iraniens sur sa liste noire des «organisations terroristes». Washington avait également renforcé en mai les sanctions économiques contre Téhéran et annoncé le déploiement dans la région d’un porte-avions et de bombardiers B-52.

Retour le regain de tensions dans le Golfe sur en trois actes.

 

ACTE I. – Un premier sabotage dans le détroit d’Ormuz

 

Deux pétroliers saoudiens, un navire émirati et un tanker norvégien sont victimes le 12 mai d’actes de sabotage au large de l’émirat du Fujaïra, à une extrémité du détroit d’Ormuz par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole. Les incidents n’ont fait aucune victime mais viennent raviver les tensions dans le Golfe. Le 30 mai, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, accuse nommément l’Iran. Selon lui, les saboteurs ont utilisé «presque certainement» des mines navales en provenance d’Iran. «Qui d’autre aurait pu faire ça selon vous? Quelqu’un du Népal?», ironise-t-il. De son côté, Téhéran dément toute implication.

 

ACTE II – Deux nouveaux navires attaqués

 

Le 13 juin, deux nouveaux pétroliers, norvégien et japonais, sont attaqués près du détroit d’Ormuz. Cette fois, l’Administration Trump met immédiatement en cause la République islamique et diffuse une vidéo présentée comme l’accostage d’un des navires par une vedette rapide des Gardiens de la Révolution venue retirer une «mine ventouse non explosée». Le Pentagone précisera ses accusations six jours plus tard, en assurant avoir récupéré sur la coque du navire japonais, le Kokuka Courageous, des indices matériels et des empreintes démontrant l’implication de Téhéran. Ces accusations sont là encore catégoriquement rejetées par les autorités iraniennes.

 

ACTE III – Téhéran abat un drone américain

 

Le ton monte encore d’un cran le 20 juin après que l’Iran a abattu un drone de surveillance de l’US Navy qui a violé selon lui son espace aérien. Depuis Washington et Téhéran se livrent toute la journée à une guerre de communication sur la localisation exacte du drone au moment où il a été ciblé. D’après le New York Times, Donald Trump a même approuvé des frappes de représailles avant de se raviser et de les annuler au dernier moment. Et selon des sources gouvernementales iraniennes, l’Iran avait été averti par le président des États-Unis de l’imminence d’une attaque.