Ambassade à Jérusalem : Trump s’apprête à prendre une décision lourde de conséquences

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La Maison-Blanche a annoncé lundi le report de la décision très attendue et hautement symbolique du déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem. Ce mardi, Donald Trump s’est entretenu avec Benjamin Netanyahu, Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie.

Le statut de Jérusalem, à propos duquel le président américain doit prendre de façon imminente une décision potentiellement lourde de conséquences, constitue depuis un demi-siècle l’un des points les plus épineux du conflit israélo-palestinien. Donald Trump a promis à plusieurs reprises, durant sa campagne électorale, d’y transférer l’ambassade des États-Unis auprès de l’État hébreu (celle-ci est actuellement située à Tel-Aviv). Une loi votée en 1995 par le Congrès affirme que « Jérusalem doit être reconnue comme la capitale de l’État d’Israël » et impose d’y implanter la représentation américaine. Les présidents successifs ont jusqu’à présent repoussé son application de six mois en six mois, dans l’attente que les deux parties adverses se mettent d’accord sur un partage de la ville. La dernière dérogation signée en ce sens arrive à expiration ce lundi, et on ignore encore quelles sont les intentions de l’actuel locataire de la Maison-Blanche qui a reporté sa décision à plus tard. « Le président a été clair sur cette affaire depuis le départ : ce n’est pas une question de si (l’ambassade sera effectivement déplacée de Tel-Aviv à Jérusalem, NDLR), c’est une question de quand », a affirmé Hogan Gidley, un porte-parole de la Maison-Blanche.

Le président américain Donald Trump a informé ce mardi le roi Abdallah II de Jordanie de son intention de transférer de Tel-Aviv à Jérusalem l’ambassade des États-Unis en Israël, a annoncé le Palais-Royal. Dans un communiqué, le palais royal indique que le président Trump a appelé le souverain jordanien, dont le pays est le gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem, et l’a informé de son « intention d’aller de l’avant dans son projet de transférer l’ambassade américaine ». Au cours de leur conversation, le roi jordanien a mis en garde Donald Trump contre les « conséquences dangereuses d’une telle démarche en dehors d’un règlement global qui permettrait l’établissement d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale ».

D’après l’Autorité palestinienne, le président américain a eu mardi le même échange avec le président palestinien Mahmoud Abbas et ce dernier a également prévenu le président américain du danger que cette décision faisait courir sur le processus de paix israélo-palestinien. Le communiqué de la présidence palestinienne ne laisse toutefois pas clairement apparaître si Donald Trump avait signifié son dessein d’engager immédiatement le déménagement, ou s’il s’agit d’une nouvelle déclaration d’intention à long terme.

Une « ligne rouge » pour la Turquie

Après un entretien téléphonique avec Donald Trump lundi soir, le président français Emmanuel Macron a dit de son côté sa préoccupation devant la possibilité de voir les États-Unis reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël, selon un communiqué de l’Élysée. « Emmanuel Macron a rappelé que la question du statut de Jérusalem devra être réglée dans le cadre des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, visant en particulier l’établissement de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale », dit ce communiqué. Les deux hommes « sont convenus de se reparler prochainement à ce sujet », poursuit le texte. « L’Union européenne soutient la reprise d’un véritable processus de paix conduisant à une solution à deux États. Nous estimons que toute action qui saperait cet effort doit absolument être évitée », a déclaré Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, en recevant à Bruxelles le secrétaire d’État américain Rex Tillerson.

Le transfert de l’ambassade américaine vers Jérusalem signerait « la fin du rôle joué par les Américains » dans le processus de paix, a de son côté averti un haut conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, Nabil Chaath. « Il y aura sans nul doute des manifestations populaires partout. J’espère qu’il n’y aura pas de violences [car] des violences pourraient éclater dans le monde arabe qu’on ne pourrait pas contrôler » a déclaré Nabil Chaath à des journalistes. Des déclarations qui font écho à celles du secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, estimant qu’un éventuel déménagement représenterait une « menace sur la stabilité régionale » et risquerait de provoquer des « conséquences négatives pas seulement pour la situation en Palestine, mais aussi dans la région arabe et islamique », selon l’AFP. La Turquie est allée encore plus loin : le président Erdogan a estimé que le statut de Jérusalem était une « ligne rouge pour les musulmans », et qu’il était prêt à aller « jusqu’à la rupture de nos relations diplomatiques avec Israël ».

Une longue bataille autour du statut de Jérusalem

La position de la communauté internationale au sujet de Jérusalem n’a guère varié depuis 70 ans. Le plan de partage voté par l’assemblée générale des Nations Unies le 29 novembre 1947 prévoyait d’y créer un « corpus separatum » placé sous un régime d’administration internationale. L’histoire en décida cependant autrement, puisque Jérusalem fut divisée à l’issue de la Première Guerre israélo-arabe (1948-49). Sa partie ouest fut conquise par le tout jeune État d’Israël, qui décida rapidement d’en faire sa capitale. Quant à la moitié orientale, où se situent la vieille ville et les lieux saints des trois grandes religions monothéistes (le mur des Lamentations, la basilique du Saint-Sépulcre et la mosquée al-Aqsa), elle tomba provisoirement dans l’escarcelle du Royaume de Jordanie. Mais une large majorité de la communauté internationale persista à ne reconnaître aucune souveraineté sur la ville, si bien que de nombreux pays installèrent leur ambassade auprès d’Israël à Tel-Aviv.

La guerre des Six Jours, qui opposa début juin 1967 l’État hébreu à ses voisins arabes, changea une nouvelle fois la donne. Après trois jours de combats, Tsahal s’empara non seulement du Sinaï, de la Cisjordanie et de Gaza, mais aussi de Jérusalem-Est. Le gouvernement décida peu après d’y appliquer la loi israélienne. En juillet 1980, la Knesset vota une Loi fondamentale faisant de la ville la capitale « unifiée et indivisible » de l’État. Des bâtiments administratifs furent implantés dans sa partie orientale et de vastes quartiers de colonisation y furent développés. Mais l’Europe et les États-Unis persistèrent à juger cette occupation non conforme au droit international. C’est pourquoi ils ont jusqu’à présent toujours refusé d’y transférer leurs représentations diplomatiques.

Depuis les accords d’Oslo, il existe un large consensus pour considérer que Jérusalem-Est a vocation à devenir la capitale d’un futur État palestinien. Des négociations furent engagées en ce sens au début des années 2000, mais elles tournèrent court. Les chefs de la coalition de droite actuellement au pouvoir en Israël sont résolument hostiles à l’idée de céder une partie de la ville. La reconnaissance de son statut de capitale par les États-Unis serait, de leur point de vue, une victoire. De nombreux Palestiniens estiment au contraire qu’elle consacrerait l’échec de leur rêve d’indépendance.