Algérie: offensive judiciaire contre patrons et hauts responsables

à 8:40

Depuis la chute d'Abdelaziz Bouteflika le 2 avril, la justice algérienne a lancé des enquêtes et placé en détention provisoire d'anciens responsables et d'influents hommes d'affaires, notamment pour des faits présumés de corruption.

Le pays est secoué depuis le 22 février par des manifestations massives déclenchées par la candidature à un nouveau mandat d'Abdelaziz Bouteflika, qui se sont transformées en contestation de tout le régime.

- Hommes d'affaires -
- Le 3 avril, l'ex-patron des patrons algériens, Ali Haddad, richissime homme d'affaires proche de Bouteflika, est écroué, quelques jours après son arrestation nocturne à un poste-frontière avec la Tunisie.

Patron du n°1 privé du BTP en Algérie, Haddad a démissionné fin mars de la présidence du Forum des chefs d'entreprise (FCE), principale organisation patronale, où son autorité était remise en cause depuis le début de la contestation. Il a été arrêté après la découverte de devises non déclarées et de deux passeports, une infraction selon la législation mais est également visé par une enquête pour corruption, selon son avocat.

 

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- Le 23 avril, Issad Rebrab, PDG du premier groupe privé d'Algérie, Cevital, et considéré comme la première fortune du pays, est placé en détention préventive.

Plutôt connu pour entretenir des relations tendues avec l'entourage de Bouteflika, qu'il accusait de bloquer ses investissements, il est soupçonné de "fausses déclarations" en matière de transferts de capitaux et d'importations.

- Le 24 avril, trois hommes d'affaires, Karim, Noah-Tarek et Reda Kouninef, membres d'une famille proche de M. Bouteflika, sont placés en détention provisoire, après avoir été entendus dans une affaire de "trafic d'influence". Une quatrième personne, un dirigeant d'entreprise, a également été écrouée dans cette affaire.

Les frères Kouninef sont soupçonnés notamment de "non-respect des engagements contenus dans des contrats conclus avec l'Etat et de trafic d'influence avec des fonctionnaires pour obtenir des privilèges".

La famille Kouninef est propriétaire du groupe KouGC, spécialisé notamment dans le génie civil, l'hydraulique et le BTP et attributaire d'importants contrats publics.

- Le 24 avril, Hamid Melzi est limogé de son poste de directeur général de l’établissement public Sahel, gérant une luxueuse résidence réservée aux dignitaires du régime et d'une société hôtelière publique. Il est inculpé le 7 mai d'"espionnage économique" et "atteinte à l'économie nationale" et incarcéré, selon une source proche de l'enquête.

- Le 10 juin, un puissant homme d'affaires, Mahieddine Tahkout, patron notamment d'une usine de montage automobile et proche de Bouteflika, est inculpé et placé en détention préventive dans des affaires de corruption.

- Hauts responsables de l'Etat -
- Le 29 avril, le ministre des Finances Mohamed Loukal, ancien gouverneur de la Banque centrale, est entendu par le parquet dans le cadre d'affaires de "dilapidation" de fonds publics. Il ressort libre de son audition, sans faire de déclaration. Il est le premier responsable gouvernemental auditionné par la justice depuis l'ouverture médiatisée d'enquêtes judiciaires sur des affaires de malversations et de corruption.

 

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- Le 29 avril, l'ex-chef de la police algérienne Abdelghani Hamel, limogé en juin 2018, est entendu au tribunal de Tipaza, à 60 km à l'ouest d'Alger. Selon la télévision nationale, le général Hamel et l'un de ses fils "font face à des accusations d'activités illégales, de trafic d'influence, de détournement de biens fonciers et d'abus de fonction".

- Le 5 mai, Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l'ex-président Abdelaziz Bouteflika, ainsi que deux ex-chefs des services de renseignements --les généraux Mohamed Mediene dit "Toufik" et Athmane Tartag alias "Bachir"-- sont placés en détention provisoire. Ils sont poursuivis pour "atteinte à l'autorité de l'armée" et "complot contre l'autorité de l'Etat".

- Le 12 juin, l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, proche d'Abdelaziz Bouteflika, est placé en détention provisoire à l'issue de son audition par un juge d'instruction, d'après la télévision nationale, qui ne donne pas de détail sur les faits qui lui sont reprochés.

- L'ex-ministre des Travaux publics Abdelghani Zaalane, également entendu, est relâché sous contrôle judiciaire, selon la télévision.