Algérie: les élections locales souffrent d’illégitimité, dénonce un quotidien

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Crédit: AFP

Les élections locales de jeudi dernier en Algérie n’auront finalement produit aucune évolution de la cartographie politique générale du pays, parce qu’elles ont été conduites et organisées selon le mode opératoire désormais bien rodé dans le pays et parce qu’elles « souffrent d’illégitimité » puisque plus de la moitié des électeurs ne se sont pas rendus aux bureaux de vote, déplore dimanche le quotidien «Liberté».

Dans son éditorial intitulé «Ouyahia, le clou du spectacle», le journal écrit que «ce déficit de légitimité est d’autant plus criant que, cette fois-ci, la crédibilité du scrutin est remise en cause, non pas seulement par l’opposition, mais aussi par un certain Ahmed Ouyahia, Premier ministre de son état, qui s’est exprimé, il est vrai, en qualité de patron du RND».

L’éditorialiste relève que s’il s’est bien gardé de parler comme un opposant assumé, Ouyahia en a assez dit pour que ceux qui l’entendent y voient une dénonciation de «fraude». «M. Ouyahia a sans doute ses raisons qui, naturellement, ne sont pas celles des opposants, mais il a bel et bien usé du même vocabulaire qu’ils emploient pour dénoncer le trucage des élections», note-t-il.

Et d’ajouter qu’outre l’abstention massive qui se répète encore cette fois, et qui est politiquement très parlante, cette sortie du chef du RND est un autre fait saillant de cette élection. «Au nom de ses propres raisons, et à son corps défendant, Ouyahia a enfoncé le clou de l’illégitimité et aura fait le clou du spectacle», estime encore le quotidien, faisant remarquer que «si lui, chef du +parti de l’administration+ par excellence, se plaint de +dépassements+ et annonce des +recours documentés+, les partis d’opposition en ont forcément subi bien plus et le Secrétaire général du RND n’a plus la latitude à contredire leurs observations».

Faisant constater que le double scrutin communal et départemental du 23 novembre est semblable aux précédents que vient de connaître l’Algérie, l’éditorialiste explique que l’écrasante majorité des collectivités locales est donc tombée dans l’escarcelle de la majorité politique habituelle, celle incarnée par le FLN et le RND.

«Mais, comme par le passé, ces ‘gagnants’ partent avec un handicap qu’il serait malvenu de sous-estimer : cette légitimité pour le moins discutable qu’implique l’abstention massive enregistrée ce jeudi», et qui est un désaveu clair de la gouvernance nationale qui, depuis des décennies, est aux mains de cette «majorité» victorieuse des locales, relève-t-il.

Samedi, plusieurs partis politiques algériens sont montés au créneau pour dénoncer une énième fraude électorale lors de ce du double scrutin remporté, sans surprise, par le Front de libération nationale (FLN), parti du président Abdelaziz Bouteflika.

«Il s’agit d’un pseudo scrutin, dont les résultats étaient prévisibles, vu le contexte qui a précédé les élections», a déploré le Parti des Travailleurs (PT), alors que le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), fait constater que «la fraude est une réalité sur le terrain (…) et que même le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, s’en est plaint même s’il ne l’a pas appelé ainsi et a préféré parler de dépassements ayant entaché l’opération électorale».