Afrique du Sud: un ancien policier sous l’apartheid jugé pour un meurtre commis en 1971

Un ancien policier sous le régime de l’apartheid, accusé d’avoir tué un militant sud-africain il y a 48 ans, n’a pu obtenir lundi l’abandon des poursuites contre lui, ce qui ouvre la voie à son procès.

Joao Rodrigues, 80 ans, qui faisait partie des tristement célèbres services de sécurité, est accusé d’avoir tué le militant anti-apartheid Ahmed Timol durant sa détention en 1971.

La campagne menée pour que les meurtriers présumés de Timol finissent sur le banc des accusés est considérée comme un test par les familles de victimes de l’apartheid dont les meurtriers n’ont pas été traduits en justice depuis l’accession du pays à la démocratie en 1994.

La Haute cour de Johannesburg a estimé qu’il n’existait pas de circonstances exceptionnelles « justifiant de satisfaire (la demande) radicale et d’une portée considérable » faite par Rodrigues d’un abandon des poursuites.

« Nous savions depuis toujours que la vérité serait de notre côté », a déclaré Imtiaz Cajee, neveu du militant assassiné, à la télévision SABC.

« Le jugement d’aujourd’hui n’est pas seulement une victoire pour Ahmed Timol mais pour tous les militants qui sont morts durant leur détention par la police », a-t-il dit. « Les auteurs (de crimes) durant la période de l’apartheid ne peuvent plus utiliser l’excuse du temps passé ou, comme l’a fait Rodrigues, invoquer leur âge ».

Ce jugement est intervenu près de cinq décennies après la mort de Timol, tombé du 10e étage du quartier général de la police à Johannesburg.

Ahmed Timol, 29 ans, avait été arrêté à Johannesburg en octobre 1971 et était mort cinq jours plus tard.

Les autorités avaient à l’époque affirmé qu’il s’était suicidé — une conclusion approuvée par une enquête en 1972 mais rejetée par un tribunal l’année dernière, après une campagne menée pendant des années par sa famille.

Cette affaire a ravivé les souvenirs douloureux de la violence de la police sous l’apartheid, et a entraîné de nouveaux appels à la justice pour des dizaines de militants morts durant leur détention par la police.

Elle contraint l’Afrique du Sud à « revisiter (son) passé troublé, à examiner ce qu’il s’est passé (et) à reconnaître la nécessité d’une réconciliation », selon le jugement.

Rodrigues a nié avoir été impliqué dans le meurtre mais a admis avoir participé à la dissimulation du crime. Aucune date du procès n’a été avancée pour l’instant.