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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Si les talibans ont pris le contrôle presque total de l’Afghanistan, un homme se dresse encore sur leur chemin. L’ancien vice-président, Amrullah Saleh, a promis qu’il ne se soumettrait en aucun cas à eux, allant même jusqu’à se déclarer mardi président légitime.

    L’ex-espion en chef du pays, ennemi juré des islamistes désormais au pouvoir à Kaboul, s’est retiré dans la dernière région qui n’est pas encore entre leurs mains : la vallée du Panchir, au nord-est de la capitale.

    « Conformément à la Constitution afghane, en cas d’absence, de fuite, de démission ou de mort du président, le premier vice-président devient le président par intérim. Je suis actuellement dans mon pays et je suis le légitime président par intérim. J’en appelle à tous les leaders pour obtenir leur soutien et le consensus », a-t-il écrit mardi en anglais sur son compte Twitter.

    « Je ne décevrai pas les millions de personnes qui m’ont écouté. Je ne serai jamais sous le même toit que les talibans. JAMAIS », avait-il déjà tweeté dimanche, juste avant d’entrer dans la clandestinité.

    Le lendemain, sont apparues sur les réseaux sociaux des images de l’ancien vice-président et d’Ahmad Massoud, le fils du célèbre commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par Al-Qaïda, ensemble dans la vallée du Panchir, en bordure du massif de l’Hindu Kush.

    Ahmad Massoud a annoncé lundi dans une tribune publiée par la revue française La Règle du jeu qu’il entendait résister aux talibans, affirmant vouloir faire « sien » le combat de son père, un héros de la résistance contre l’occupation soviétique, pour la liberté.

    Les deux hommes semblent poser la première pierre de ce qui serait une rébellion contre le nouveau régime en place, des hommes armés ayant commencé à se regrouper dans le Panchir.

    Cette vallée, difficile d’accès, n’est jamais tombée aux mains des talibans pendant la guerre civile des années 1990, ni une décennie plus tôt dans celles des Soviétiques.

    « Nous résisterons »

    « Nous ne permettrons pas aux talibans d’entrer dans le Panchir et nous résisterons de toutes nos forces », a déclaré à l’AFP un habitant de cette région, qui a préféré rester anonyme.

    Ce ne serait que la dernière d’une longue série de batailles contre les talibans pour M. Saleh, lui-même natif du Panchir.

    Orphelin très tôt, il a combattu aux côtés du commandant Massoud dans les années 1990. Il a ensuite servi dans son gouvernement, avant que les talibans ne le renversent en prenant Kaboul en 1996, pour instaurer un régime fondamentaliste, qui tiendra jusqu’à ce que les Américains les chassent du pouvoir en 2001.

    Il a raconté que les talibans avait ensuite torturé sa sœur, pour tenter de le faire sortir de sa cachette.

     

    Lire aussi: Afghanistan: « une honte pour l’Occident », selon l président allemand

     

    « Mon opinion sur les talibans a changé à jamais à cause de ce qui s’est passé en 1996 », a-t-il écrit l’an passé dans un éditorial de Time magazine.

    Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, deux jours après l’assassinat du commandant Massoud, il est devenu une importante source d’informations pour la CIA.

    Cela l’a mené, après la chute des talibans, à prendre la tête entre 2004 et 2010 du Directoire national de la sécurité (NDS), les services afghans de renseignement.

    Continuer le combat

    A ce poste, il se serait créé un vaste réseaux d’informateurs et d’espions parmi les talibans, mais aussi au Pakistan, où sont en grande partie basés leurs dirigeants.

    Cela lui a permis d’amasser des éléments prouvant, selon lui, que les insurgés continuaient à bénéficier du soutien de l’armée pakistanaise, ce que celle-ci a démenti.

    Son ascension vers la vice-présidence toutefois n’a pas été sans quelques revers. En 2010, il a été renvoyé de son poste à la tête du NDS, après un humiliant attentat contre une conférence de paix à Kaboul.

    Resté à l’écart de la politique pendant quelques années, il a mené sa charge contre les talibans et le Pakistan sur les réseaux sociaux, s’en prenant à eux dans des tweets quasi-quotidiens.

    Il est revenu en grâce en 2018 en occupant pour quelques mois les fonctions de ministre de l’Intérieur, après avoir scellé une alliance avec le président Ashraf Ghani, qui a fui dimanche l’Afghanistan.

    Il est ensuite devenu vice-président après l’élection présidentielle de 2019. M. Saleh a échappé à plusieurs attentats effectués par les talibans, la dernière fois en septembre 2020 quand une charrette piégée a explosé au passage de son convoi, faisant au moins 10 morts.

    Quelques heures plus tard, il réapparaissait dans une vidéo, la main gauche couverte de bandages, promettant de rendre coup pour coup. « Nous continuerons notre combat », assénait-il alors.

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