Affaire russe: l’ex-directeur de campagne de Donald Trump inculpé de complot contre les États-Unis

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Paul Manafort, ancien patron de la campagne de Donald Trump. Crédit AFP

Paul Manafort et son associé Rick Gates ont été mis en examen pour douze chefs d’inculpation. Un autre conseiller, George Papadopoulos, a été mis en accusation et a reconnu avoir menti au FBI. Ce sont les premières personnalités inculpées dans l’affaire de l’ingérence russe durant l’élection américaine de 2016.

Sont-ils les premiers d’une longue liste? L’ex-directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, et son associé Rick Gates ont été formellement inculpés lundi de complot contre les États-Unis. Ils sont également mis en examen pour onze autres chefs d’inculpation dans le cadre de l’enquête sur une possible ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016, a annoncé lundi le procureur spécial Robert Mueller.

Dans un tweet, le président américain a assuré qu’il n’y avait «AUCUNE COLLUSION». «Désolé, mais c’était il y a des années, avant que Paul Manafort ne fasse partie de la campagne Trump», a-t-il encore écrit. «Pourquoi Hillary la crapule et les démocrates ne sont-ils pas visés?????», a-t-il ajouté.

Les chefs d’inculpation, validés par un grand jury fédéral, visent notamment des faits présumés de conspiration en vue de blanchiment d’argent, violation des lois fédérales sur le lobbying et les activités bancaires. Les deux hommes sont également accusés de fausses déclarations et de dissimulation de comptes bancaires à l’étranger. Sommé de se rendre, Paul Manafort s’est présenté lundi matin au siège du FBI où il est depuis interrogé. Il pourrait être présenté à la justice dans la foulée, a précisé Peter Carr, le porte-parole de Robert Mueller.

Âgé de 68 ans, Paul Manafort a dirigé la campagne de Trump entre juin et août 2016. Il a démissionné après la publication d’articles affirmant qu’il avait eu des activités non déclarées de lobbyiste et consultant, notamment auprès de l’ancien président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch. Selon l’acte d’accusation, Gates et lui auraient dissimulé au fisc plus de 75 millions de dollars, en échange de leurs activités de conseil en Ukraine. Par des comptes offshore, Paul Manafort est accusé d’en avoir blanchi à lui seul 18 millions.

Par ailleurs, un autre ex-membre de l’équipe de campagne de Donald Trump, George Papadopoulos, a été mis en accusation et a plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs du FBI, a annoncé le procureur spécial chargé de l’enquête russe à Washington. Chargé des questions de politique étrangère, il a par ses fausses déclarations «entravé l’enquête en cours du FBI sur l’existence de liens ou de coordination éventuels entre des personnes associées à la campagne et le gouvernement russe pour interférer dans l’élection présidentielle de 2016», souligne l’acte signé par le procureur Robert Mueller.

«Quoiqu’il arrive, ce n’est que le début»

Depuis l’élection présidentielle, le dossier pollue la vie politique à Washington. Dimanche, Donald Trump a encore réfuté la moindre «collusion» avec la Russie durant la campagne, dans une série de tweets dont il a le secret. «Toutes ces histoires russes juste quand les républicains s’attaquent à une baisse et réforme historiques des impôts. Est-ce une coïncidence? NON!» a-t-il tweeté.

Lui-même ne semble pas directement visé par l’enquête. L’acte d’inculpation de 31 pages ne fait d’ailleurs aucune référence à la campagne présidentielle de Donald Trump. Il ne suggère pas non plus une quelconque collusion entre l’équipe du candidat républicain et les autorités russes visant à fausser le résultat du scrutin.

Tout comme l’a assuré le gouverneur républicain du New Jersey Chris Christie, un allié, dimanche: «Le président ne fait pas l’objet d’une enquête.» «Personne ne lui a dit qu’il l’était», a-t-il déclaré.

Côté démocrate, on jubile. «Quoiqu’il arrive, ce n’est que le début», a estimé le sénateur indépendant Angus King, apparenté au groupe démocrate, sur CNN. Robert Mueller, a-t-il assuré, est «un pro» qui «remontera les faits, où qu’ils mènent».

Patron du FBI de 2001 à 2013, Robert Mueller a été nommé le 17 mai par le numéro deux du ministère de la Justice pour enquêter sur la campagne présidentielle. Il a été nommé après le limogeage du directeur du FBI James Comey. Il ne s’est jamais exprimé publiquement sur l’enquête ultrasensible dont il est chargé, afin d’en garantir l’indépendance. Ces investigations sont distinctes des trois enquêtes principales menées par trois commissions du Congrès.