Affaire Benalla: une série d'inculpations en vue

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La justice française a fait franchir une étape à l’affaire Benalla, à l’origine d’une crise politique aiguë en France, en confiant l’enquête à un juge d’instruction, en vue d’une possible inculpation de cet ancien collaborateur de l’Élysée pour des faits de violence.
Après trois jours d’enquête préliminaire, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture de cette information judiciaire, notamment pour «violences en réunion» et «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique», après des violences commises le 1er mai par Alexandre Benalla, ancien adjoint du chef de cabinet de la présidence et Vincent Crase, réserviste de la gendarmerie comme lui, employé par le parti présidentiel La République en marche.
Benalla et Crase ont été filmés en train de frapper et malmener des manifestants le jour de la Fête du travail à Paris, alors qu’ils accompagnaient les forces de l’ordre en tant qu’«observateurs». Si Benalla a été discrètement mis à pied pendant 15 jours en mai, la justice n’a pas été saisie et ce n’est que vendredi dernier qu’il a été licencié.
Outre Benalla et Crase, trois policiers hauts gradés soupçonnés d’avoir transmis à M. Benalla des images de vidéosurveillance devraient également être présentés dans la journée à un juge d’instruction. La femme et l’homme malmenés le 1er mai ont demandé à être entendus ultérieurement par les enquêteurs.
En dépit de révélations en chaîne dans ce dossier, notamment sur les avantages accordés à Benalla – logement de fonction dans une dépendance du palais présidentiel de l’Élysée, badge d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le chef de l’État, confronté à sa plus grave crise politique depuis son élection en mai 2017, est jusqu’ici resté silencieux.
Alors que le porte-parole de l’Élysée Bruno Roger-Petit avait affirmé jeudi qu’il avait été «démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président» après le 1er mai, Benalla apparaît sur plusieurs clichés récents aux côtés de Macron ou du couple présidentiel, notamment le 13 juillet à Giverny, en Normandie (nord-ouest).
Les ténors de l’opposition sont montés au créneau pour demander au président «des comptes», comme Laurent Wauquiez (LR, droite). L’affaire est «du niveau du Watergate», considère le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.
Mais selon le porte-parole de La République en marche (LREM), Gabriel Attal, si le président s’exprimait «sur cette affaire, on trouverait partout des commentateurs pour s’indigner du poids potentiel de ses mots sur les enquêtes en cours. On dirait que (sa parole) interfèrerait», considère aussi Marc Fesneau, chef de file des députés centristes MoDem (allié de LREM).
Une affaire Macron-Benalla
Le premier à donner quelques explications devrait être le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, attendu lundi à 08H00 GMT devant la commission des Lois de l’Assemblée, qui s’est dotée des prérogatives d’enquête. Les députés d’opposition, qui l’accusent d’avoir menti jeudi devant le Sénat, la chambre haute du parlement bicaméral français, devraient le mettre sur le gril.
Selon le quotidien Le Parisien, un déjeuner de crise aurait eu lieu samedi autour d’Emmanuel Macron à l’Elysée, réunissant Gérard Collomb et la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Celle-ci est en première ligne à l’Assemblée, en théorie sur le projet de révision constitutionnelle, dont l’examen est bloqué depuis jeudi soir. Au point que le gouvernement a décidé dimanche de le suspendre jusqu’à nouvel ordre.
«Le gouvernement a décidé de suspendre l’examen de la révision constitutionnelle et souhaite que celui-ci puisse reprendre ultérieurement dans des conditions plus sereines», a annoncé Nicole Belloubet. Selon le président de l’Assemblée François de Rugy (LREM), la séance reprendra lundi à 16H00, horaire prévu de l’examen d’un projet de loi sur la formation, l’apprentissage et l’assurance chômage.
Depuis jeudi, l’hémicycle était le théâtre d’un bras de fer autour de ce que le patron du groupe LR Christian Jacob a appelé l’«affaire Macron-Benalla». Dans une atmosphère tendue, les oppositions réclamaient la venue du Premier ministre Édouard Philippe ou «au moins» du secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner.