Iran: l’ayatollah Khamenei donne le coup d’envoi de la présidentielle

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©AFP

L’issue du scrutin entre le sortant Hassan Rohani et le conservateur Ebrahim Raissi est incertaine. Le guide suprême a voté.

Le numéro un du régime iranien a voulu donner l’exemple. Dès l’ouverture officielle des bureaux de vote, à 8 heures ce matin (5h30, heure de Paris), l’ayatollah Ali Khamenei a voté à la guidance, son quartier général ultrasécurisé du centre de Téhéran. Flanqué de son directeur de cabinet, le guide suprême est apparu derrière un rideau, avant de s’avancer pour saluer les assesseurs, devant une poignée de journalistes étrangers.

Quelques minutes auparavant, après avoir franchi un premier portail métallique, puis un mur électronique, le bus des journalistes, qui ont subi ensuite plusieurs fouilles au corps, était entré dans l’enceinte de ce quartier sous haute surveillance. Un quartier doté d’une caserne de pompiers et de nombreux espaces verts, en plein cœur de Téhéran, à deux pas de l’avenue Vali Asr, la grande artère bordée de platanes qui traverse la capitale du nord au sud. Étrange impression d’être au cœur d’un pouvoir secret par nature, mais en même temps plongé dans les entrailles d’une mégalopole de 15 millions d’habitants.

D’un pas assuré, l’air souriant, l’ayatollah Ali Khamenei s’est avancé vers deux urnes et a glissé un bulletin de vote pour la présidentielle et un autre pour les municipales qui se tiennent également ce vendredi. Il a pris, ensuite, la parole devant les caméras de la télévision publique iranienne, les seules à être autorisées à filmer.

«Je remercie Dieu pour ces élections», a affirmé l’ayatollah Khamenei, vêtu de sa longue abba noire, le vêtement des mollahs chiites, un keffieh blanc et gris autour du cou, et sur la tête, le turban soir des seyyed, les descendants du prophète. «Je conseille aux Iraniens de participer le plus tôt possible», a demandé le numéro un d’un régime pour lequel la participation aux élections représente une indispensable source de légitimité.

Alors que 55 millions d’Iraniens sont appelés à choisir leur prochain président de la République, «le destin du peuple est entre vos mains», a rappelé Ali Khamenei à l’adresse de tous ceux – et ils sont nombreux – qui ne croient guère en ces scrutins – généralement démocratiques – mais dont les candidats sont choisis pour leur loyauté à la République islamique.

Avant de repartir, sous le crépitement des photographes, le guide a remis à l’un des assesseurs son keffieh aux couleurs des bassidjis, les gardiens de la république islamique. Une brève apparition dans une immense salle en briques beiges, où il reçoit ses hôtes et prononce ses discours, sous le portrait du fondateur de la république islamique, l’ayatollah Khomeiny.

Résultats samedi

Agé de 77 ans, souffrant d’un cancer à la prostate, selon certaines sources, Ali Khamenei est apparu en relative bonne forme, la voix posée et marchant d’un pas alerte. L’un des candidats à la présidence de la République, le conservateur Ebrahim Raissi, a été cité comme son possible successeur pour devenir guide. Mais Raissi n’est pas le favori de ce scrutin, capital pour l’orientation du régime, deux ans après sa réintégration dans le concert des nations, suite à l’accord sur le nucléaire signé avec les grandes puissances.

Si de nombreux Iraniens souhaitent la poursuite de l’ouverture amorcée par Hassan Rohani, d’autres au contraire fustigent l’absence de retombées économiques et sa trop grande «docilité» envers l’Occident. Ali Khamenei n’a pas caché que ses préférences allaient vers Ebrahim Raissi. Les résultats du scrutin, qui s’annonce serré, ne devraient pas être connus avant samedi après-midi.

 

Georges Malbrunot (Le Figaro)