Violence contre les femmes: les victimes souffrent en silence

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La violence contre les femmes constitue une atteinte aux droits humains les plus élémentaires et représente l’une des formes les plus répandues et les plus dévastatrices de la violation de leurs droits, essentiellement par son effet néfaste sur leurs vies, aussi bien physiquement que psychologiquement.

Véritable entrave à la réalisation de l’égalité entre les sexes et à la réalisation des droits fondamentaux des femmes et des filles, les Nations-unies définissent la violence à l’égard des femmes comme « tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée ».

Soutenue par l’Organisation des Nations Unies (ONU), la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes est célébrée le 25 novembre de chaque année, pour mettre le point sur les moyens d’éradiquer ce fléau, donner la parole à celles qui se réfugient dans le silence, sensibiliser le public et mobiliser l’opinion publique autour de cette cause.

 

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Au Maroc, la campagne mondiale de sensibilisation sur la violence faite aux femmes braque les projecteurs, cette année, sur le rôle positif des hommes et des garçons dans la promotion de l’égalité entre les sexes, ainsi que dans la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles. C’est dans ce sens que « Masculinités positives: Les hommes et les garçons rejettent les violences faites aux femmes et aux filles » a été retenu comme thème principal de la campagne mondiale des « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles », initiée par les Nations-unies à l’occasion de la commémoration de cette journée et dont le lancement officiel est prévu le 23 novembre à Marrakech, sous le hashtag officiel « Hit_Ana_Rajel ».

La commémoration de cette journée, à travers les sept jours internationaux du 25 novembre au 10 décembre, vise à attirer l’attention sur le danger de la violence à l’égard des femmes et « à mener un plaidoyer vis-à-vis des décideurs au niveau de chaque pays dans l’objectif de contrer ce phénomène », a déclaré à la MAP Mme Fatima El Maghnaoui, directrice du centre d’écoute Annajda relevant de l’Union de l’action féministe (UAF). « Un rapport annuel sur les cas reçus par le centre d’écoute sera présenté à l’occasion de cette campagne qui représente le couronnement d’un travail quotidien continu », a expliqué Mme El Maghnaoui, précisant qu’en tant qu’organisation non gouvernementale (ONG), le rôle du centre d’écoute consiste dans « l’accueil des femmes victimes de violence, tout âge confondu », leur assurant assistance juridique, médicale, sociale et mentale, tout en offrant le suivi de leurs affaires dans les tribunaux. Mme El Maghnaoui, qui a déploré les violences à l’égard des femmes, dans toutes leurs formes, notamment physique et mentale, a souligné la nécessité d’affronter, à travers l’enseignement et l’éducation, cette discrimination et de mobiliser tous les acteurs dans la protection de la femme et la préservation de sa dignité.

D’autre part, les résultats préliminaires de la 2ème enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes au Maroc, menée dans les 12 régions du Royaume du 02 janvier au 10 mars 2019, fait état d’un taux de 54,4% au niveau national, révélant qu’en milieu urbain, ce taux s’élève à 55,8%, alors que dans le milieu rural, il est de 51,6%.

Pour les formes de violence, la violence psychologique vient en tête avec 49,1%, devant les violences économique, physique et sexuelle qui sont, respectivement, de l’ordre de 16,7%, 15,9% et 14,3%.

De son côté, l’ancienne ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Égalité et du Développement social, Mme Bassima Hakkaoui, avait dévoilé que 93,4% des femmes violentées ne portent pas plainte contre leur agresseur et que seules 6,6% déposent des plaintes. Ces chiffres, révélés lors d’un forum de la MAP, reflètent un silence effrayant autour de ce phénomène, qui peut être expliqué par la crainte de ces femmes envers leurs agresseurs ou des réactions de leur entourage.

Pour sa part, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) s’est dotée de cellules de prise en charge des femmes et des mineurs victimes de violences, qui se veulent un mécanisme d’accompagnement moral et un moyen de garantir une protection efficace de ces personnes.

 

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Ces cellules sont dédiées au soutien et à l’orientation des victimes, conformément aux nouvelles dispositions prévues par la loi 103-13 et ont été renforcées par des ressources humaines de sexe féminin qui effectuent les inspections nécessaires, apportent un appui psychologique aux victimes et les aident à partager leurs souffrances.

Le phénomène de la violence à l’égard des femmes revêt une grande discrimination envers les femmes et les filles et une atteinte dangereuse à leur intégrité physique et psychique, nécessitant la mobilisation de tous les acteurs pour incarner un changement des mentalités et une sensibilisation de la société.