Vidéo. Tickets Sadaka, nouveau garde-fou contre la mendicité professionnelle

à 13:00

Pour lutter contre la mendicité professionnelle, Mehdi Essakalli a réfléchi à un nouveau concept d'aumône plus transparent et sécurisé. "Tickets Sadaka" rassure les donateurs dont l'argent servira effectivement à acheter des produits de première nécessité. Interview.

C'est à son retour au Maroc en 2017, après une dizaine d'années passées en France (diplômé de Sciences-Po Paris, master Finance et stratégies) que le jeune entrepreneur de 27 ans a eu l'idée de créer "Tickets Sadaka", soit une "alternative saine à l'aumône traditionnelle", lit-on sur le site du projet.

"Des choses me dérangeaient au quotidien, notamment le fait qu'on soit sollicité constamment dans la rue par des personnes qui nous demandent de l'argent. Pour moi, leur donner de l'argent ne signifiait pas les aider, il fallait que je trouve un moyen simple pour m'assurer que le don que je faisais allait directement aider ces personnes-là et non pas financer la mendicité professionnelle", raconte Mehdi Essakalli, originaire de Rabat.

 

Lire aussi : Les gardiens de voitures, ces "machines à cash" qui rackettent au quotidien les Marocains

 

C'est d'ailleurs dans la capitale qu'il a d'abord testé le concept, pendant des week-ends, auprès des épiciers et petits commerces de son quartier. Le principe? Les donateurs peuvent acheter un carnet de 12 tickets à 30 dirhams (soit une valeur de 2,5 dirhams par ticket) chez les commerçants partenaires. Les nécessiteux à qui ils distribueront ces tickets pourront s'approvisionner en produits de première nécessité chez ces mêmes commerçants.

Lorsqu'on demande à Mehdi Essakalli s'il s'est inspiré de concepts vus dans d'autres pays, il répond que "Tickets Sadaka est une création purement marocaine, pour les Marocains". "On est face à une population jamais étudiée et à la fois, on va travailler avec des acteurs du marché traditionnel qui n'ont pas l'habitude d'être confrontés à des systèmes innovants. Il a fallu créer et façonner un processus qui fonctionne au Maroc", soutient-il.

 

Lire aussi : Rabat en conquête contre la mendicité et le vagabondage

 

L'opération Ticket Sadaka a été officiellement lancée la première semaine de ce Ramadan, avec une vente prévisionnelle de 2.000 tickets. Au bout d'une semaine, le fondateur a préféré mettre en pause le projet pour mieux le structurer et attirer des partenaires clés. Ainsi, plusieurs institutions privées et publiques sont en sérieux pourparlers avec l'entrepreneur. L'enthousiasme autour du projet va bon train puisqu'il attire notamment la Banque centrale du Maroc, Bank Al-Maghrib.

Même si le projet a débuté avec les épiciers, Essakalli souhaite créer un véritable écosystème composé d'acteurs aussi divers que les associations, les banques, les petits commerces ou les grandes surfaces. En faveur de ces dernières, la forte traçabilité caractéristique des structures formalisées. De plus, le but n'est pas de titiller la concurrence entre les partenaires mais au contraire d'avancer dans un élan où chacun bénéficie à l'autre.

Côté business-model, le projet Ticket Sadaka appartient actuellement à une start-up qui ne génère aucun revenu mais qui investit massivement pour son déploiement. "Le don restera gratuit pour toujours, aucune marge ne pourra être prélevée sur le don d'un donateur vers un bénéficiaire", promet Essakalli qui compte par contre imprimer de la publicité sur ces tickets pour financer les opérations.

Au-delà des difficultés techniques et logistiques, le principal défi résidait dans l'adoption du projet, confie Mehdi Essakalli qui ajoute qu'à la suite du prototype spécial Ramadan, les acteurs et partenaires ont accepté de l'écouter.

"Mon objectif est d'être de retour d'ici le Ramadan prochain dans la ville de Rabat et prouver que le projet fonctionne à grandeur nature et que le système s'auto-entretient. Entre temps, on va construire des projets pilotes avec les partenaires pour optimiser l'opération", prévoit-il.