Vidéo. Les témoignages de trois étudiantes harcelées sexuellement par leurs professeurs

à 14:12

Si le harcèlement sexuel touche tous les milieux, les étudiantes sont des fois encore plus sujettes à ce phénomène au sein de l’université. Plusieurs ont déjà été harcelées par leurs professeurs qui profitent de leur position pour leur faire du chantage. «Par peur des conséquences», certaines gardent le silence. Selma, Nouha et Lina, elles, ont choisi de raconter leur histoire pour faire changer les mentalités. Reportage.

Il y a quelques mois, une étudiante à la faculté de Mohammedia avait déposé plainte contre son professeur pour harcèlement sexuel. Cette affaire avait relancé le débat sur ce phénomène, rappelant que rares sont les jeunes étudiantes qui «osent» dénoncer leurs bourreaux. Orpheline de sa mère et craignant la réaction de son père et des conséquences d’une poursuite en justice, Selma, 20 ans, a dû «sacrifier sa première année universitaire pour sa liberté» à cause du harcèlement de son professeur. Aujourd’hui, c’est pour «qu’on ne fasse pas comme elle» qu’elle partage son histoire.

 

Nouha, 21 ans, a quant à elle dû supporter un professeur pervers durant son premier semestre dans une université privée à Casablanca. «Au début, c’était des messages sur LinkedIn pour me dire que j’étais belle, je les ignorais. Puis c’est devenu très suggestif. Une fois j’en ai eu marre et je lui ai demandé s’il n’avait pas peur que je montre ce qu’il m’envoyait à l’administration. Après cela, il a tout de suite supprimé son compte». Et bien que c’était elle la victime, Nouha a toutefois failli avoir des démêlés avec la justice.

«C’était un obsédé. Il avait la cinquantaine, était marié et draguait pourtant plusieurs filles. Il a créé pour l’une d’elle un faux mail avec mon nom et prénom. Sa femme est tombé dessus et a cru que c’était moi. Elle a menacé de me poursuivre en justice et ne voulait rien entendre de la vérité!», se rappelle-t-elle. «Heureusement j’ai tout raconté à mon frère qui lui a parlé. Le professeur, lui, a quitté l’université puis m'a envoyé un message pour s'excuser du mal qu'il m'a causé», poursuit-elle.

 

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Parfois, il est également question d’attouchements. Lina, 26 ans, se rappelle avec émotion: «Je voulais poursuivre mes études, ayant déjà un master. Une amie m’a présenté un professeur qui encadrait des doctorants. Au début, je l’ai vu à l’université. Il m’a parlé d’un sujet de thèse à travailler mais qui était très flou. Et comme j’habitais une autre ville, je lui ai proposé de se revoir le lendemain pour en discuter. Il m’a dit qu’il n’avait pas le temps pour le faire le matin et a insisté pour qu’on se voit en fin de journée dans un café».

«Bizarrement il a choisi un café peu connu et se situant derrière plusieurs villas. Je ne savais même pas où j’étais… Arrivée là, je m’assois et là le professeur me dit qu’il ne fallait pas dire aux gens qu’on se voyait ici. Chose que je n’ai pas du tout compris… Il a commencé à me taper dans les cuisses et dans l’épaule. Il a même touché mon menton. Du coup j’ai pris peur, et je voulais juste rentrer chez moi… J’ai compris que j’avais devant moi un pervers et  un harceleur sexuel»

 

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Et de surenchérir: «Comme j’ai su qu’il pouvait me faire plus de mal, je n’ai pas fait d’histoires mais j’avertissais toute personne souhaitant étudier à l’université en question de se méfier de ce prof. Cette histoire ne m’a d’ailleurs pas empêché de préparer un doctorat par la suite. Je veux dire à toutes les femmes que ce genre de choses ne doit pas vous empêcher de réaliser vos rêves».

 

Ce qu’en dit la loi

Il n'y a pas au Maroc de texte spécifique qui condamne explicitement et précisément le harcèlement sexuel perpétré contre des étudiantes par leurs professeurs dans les établissements d'enseignement supérieur et formation professionnelle. Tous les textes régissant la constitution et le fonctionnement de l'enseignement supérieur (public comme privé) et la formation professionnelle, font surtout mention dans leur objet du respect des valeurs humaines universelles, des principes de la foi islamique, des droits de l'Homme, de la contribution au rayonnement des valeurs nationales ancestrales, de la promotion des valeurs universelles, etc. (art. 1 & 3, Loi 01-00 Enseignement supérieur).

Les sanctions se rapportant audit sujet sont des sanctions de droit communtelles que prévues dans le Code pénal et tel qu'il a été modifié et complété notamment par la loi  103-13 contre la violence faite aux femmes :
  • Art. 503-1 : "Est coupable d'harcèlement sexuel et puni de l'emprisonnement d' 1 an à 3 ans et d'une amende de 5.000 à 50.000 dirhams, quiconque, en abusant de l'autorité qui lui confère ses fonctions, harcèle autrui en usant d'ordres, de menaces, de contraintes ou de tout autre moyen, dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle".
  • Art. 503-1-1 : "Est coupable de harcèlement sexuel et est puni d’un emprisonnement d’ 1 mois à 6 mois et d’une amende de 2.000 à 10.000 dirhams ou de l’une de ces peines, quiconque persiste à harceler autrui dans les cas suivants :
  1. dans les espaces publics ou autres, par des agissements, des paroles, des gestes à caractère sexuel ou à des fins sexuelles ;
  2. par des messages écrits, téléphonique ou électroniques, des enregistrements ou des images à caractère sexuel ou à des fins sexuelles.
Toutefois, le problème qui se pose ici c'est la question des preuves. "Normalement l'enquête judiciaire devrait permettre de prouver s'il y a eu harcèlement ou non... Mais dans les cas des violences faites aux femmes c'est rare où l'on voit l'application exacte de la procédure pénale. C'est souvent à la plaignante de ramener les preuves", déclare l'avocate Khadija Rouggany.
"La plaignante doit donc prendre ses précautions avant, parler de cela avec ses amies, essayer d'enregistrer, si elle reçoit des photos ou des vidéos, elle devrait les garder... Et dans les administrations et établissements scolaires il ne devrait pas y avoir des murs mais des vitres, et mettre des caméras partout", conseille-t-elle.