Vaccin anticovid au Maroc: entre doutes et crainte d’effets secondaires, la méfiance s’installe

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La campagne massive de vaccination au Maroc doit débuter le mois prochain. Une « bonne nouvelle » qui n’est pas du goût de nombreuses personnes réticentes à l’idée de se faire vacciner.

Parmi les pays primovaccinants contre le covid-19, le Maroc fait figure de pionnier. D’ici quelques semaines, dix millions de doses doivent débarquer au royaume à destination de cinq millions de personnes dites prioritaires (personnel médical, enseignant, sécuritaire, et population à risques). Une « bonne nouvelle » qui n’est pas du goût de nombreux citoyens réticents à cette campagne de vaccination.

« Hors de question que je me fasse vacciner contre le covid-19 alors que le vaccin n’est encore qu’en phase d’essai. Certains vaccins élaborés il y a des années viennent d’être interdits à cause d’effets secondaires très graves observés sur plusieurs générations: autisme, stérilité, perturbation endocrinienne… Je préfère faire confiance à l’immunité de mon corps en la boostant », explique Meryem, 25 ans, cadre en marketing dans une multinationale à Casablanca.

Même discours du côté de Assia, 28 ans, cadre en achats dans une grande société française. « Comment peuvent-ils être certains que des effets secondaires ne vont pas être constatés dans plusieurs années? Je ne souhaite pas prendre ce risque. Il n’y a pas mieux que le système immunitaire que nous avons donc je préfère faire du sport, prendre soin de moi, plutôt que de me faire vacciner », affirme la jeune femme originaire de Settat.

« On ne connaît pas les effets secondaires »

Comme Assia et Meryem, Mohammed privilégie les voies naturelles pour renforcer son système immunitaire. A 33 ans, l’entrepreneur casablancais dit avoir « peur de se faire vacciner » car « on ne connaît pas les effets secondaires ». « J’ai entendu dire qu’ils garantissaient seulement cinq ans de bon fonctionnement du vaccin, donc il peut y avoir des effets secondaires au bout de cinq ans… », s’inquiète-t-il. « En tant que croyant, je préfère placer ma confiance en Dieu. Pour chaque poison, il y a un antidote naturel créé par Dieu ».

« On se sent un peu comme des rats de laboratoire, nous, les Africains. Les pays occidentaux n’ont pratiqué aucun test chez eux alors qu’ils ont davantage de moyens », s’indigne Najat, une Rbatia de 37 ans, mère au foyer.

 

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Pour Karima aussi, 44 ans et mère de deux enfants, le vaccin n’est pas une option envisageable. « Je n’ai aucune confiance en un vaccin sorti en trois mois. La 3e phase des tests n’est même pas encore terminée. On n’a pas assez de recul, parfois il y a des soucis au niveau de l’adjuvent. Pour l’hépatite B, on a découvert plusieurs années après des cas de sclérose en plaque. Dans cinq ou six ans, j’accepterai peut-être de me faire vacciner, ainsi que mes enfants, mais pour le moment, je préfère mille fois continuer les gestes barrières et toutes les précautions nécessaires plutôt que de me faire vacciner », insiste la Casablancaise.

Et d’ajouter: « Ma pharmacienne elle-même ne veut pas se faire vacciner, alors qu’elle fait partie du corps médical, c’est incohérent. D’ailleurs, je ne pense pas que tous les médecins de Casablanca vont accepter de se faire vacciner ».

Le vaccin, « la meilleure arme que nous ayons »

« Personnellement, je le ferais », répond Pr. Marhoum, interrogé sur cette question. L’épidémiologiste, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Casablanca, répond qu’il préfère « se faire vacciner plutôt que d’attraper le covid-19 ». Et d’argumenter: « Le vaccin a toujours été la meilleure arme que nous ayons face à des maladies infectieuses. Il a permis d’en éradiquer un certain nombre qui étaient extrêmement létales pour l’être humain ».

« Ce qu’on peut reprocher à ce vaccin c’est qu’il a été fabriqué très vite, mais attention, ce n’est pas au dépens de la sécurité de l’humain. Les tests de sécurité sont réalisés. Le seul problème, c’est que nous n’avons pas le recul suffisant pour assurer qu’il n’y aura pas d’effets indésirables à long terme », reconnaît l’expert. « A priori, s’il n’y a pas eu de problème à court et à moyen termes, c’est peu probable qu’il y en ait à long terme », rassure Pr. Marhoum.

Selon plusieurs médias, le Maroc a prévu 10 vols en décembre pour acheminer les vaccins de Chine, soit deux vols par semaine transportant chacun un million de doses (10 millions de doses en tout).